En Catalogne, deux premiers députés noirs depuis 1975 que tout oppose

Les deux premiers députés noirs depuis la fin du franquisme ont fait leur entrée au parlement catalan. D'un côté la gauche radicale, de l'autre l'extrême-droite : les deux députés s'opposent.

Le Parlement catalan aura patienté  46 ans avant de revoir entrer dans son hémicycle un député noir. Le scénario ne s’était pas produit depuis la fin du régime franquiste. Le dimanche 14 février, à l’occasion des élections régionales catalanes, deux sièges ont été attribués à des députés noirs.


D’un côté, Basha Changuerra députée de la CUP, la gauche radicale rattachée au bloc indépendantiste en majorité au parlement. De l’autre, Ignacio Garriga, la voix de Vox, formation d’extrême droite anti-indépendantiste devenue quatrième formation politique. En somme : deux élus victorieux que tout oppose.


Icône d’une jeunesse ultra-nationaliste


Bras droit de Santiago Abascal, leader de Vox, Ignacio Garriga apparaît comme la voix du parti d’extrême droite anti-indépendantiste. Noir, jeune et père de famille, il incarne un message qui allie modernité et conservatisme. À ceux qui l’accusent d’être raciste, il répond avec un sourire en coin : “À ceux qui m’appellent raciste, qu’ils me regardent dans les yeux, qu’ils regardent ma couleur de peau, et qu’ils se demandent si, moi, en tant que père de 4 enfants, je suis capable de regarder ma mère avec mépris, si je peux regarder ma grand-mère avec mépris ou si je peux regarder mes enfants avec mépris”. En effet, Ignacio Garriga est issu d’un métissage entre une mère originaire de Guinée-Équatoriale et un père bourgeois d’origine catalane.

Un argument bouclier que le parti affiche fièrement sur sa chaîne YouTube et qui devrait le dédouaner de toutes accusations xénophobes. Et pour cause, Ignacio Garriga est l’une des rares personnalités politiques noires du pays et vraisemblablement la plus populaire d’entre elles. L’homme apparaît comme le parfait candidat pour porter, en prétendue toute légitimité, les messages anti-immigration du parti. 

Orthodontiste de formation, Ignacio Garriga n’a jamais caché son opposition à l’indépendantisme catalan. Alors âgé de 18 ans, le jeune homme intègre le Parti populaire (PP), un grand parti traditionnel de droite qui prône le centralisme. Une couleur politique qu’il hérite de sa mère, première personne noire de sa ville à être engagée au sein de l’Alliance populaire, un parti conservateur qui deviendra par la suite le Parti Populaire (PP).


16 ans plus tard, son engagement n’a fait que s’accroître. En 2014, il intègre le parti Vox dès ses débuts et s’oppose frontalement aux mouvances indépendantistes. Alors pour mener cette bataille, un seul et unique slogan, sur fond vert : “Récupérer la Catalogne. Récupérer l’Espagne”.


Militante afro-féministe


Anti-raciste et afro-féministe, Basha Changuerra se place aux antipodes des revendications du parti Vox. La jeune mère âgée de 37 ans se définit comme une “militante de la maternité et activiste” sur les réseaux sociaux. Membre du CNAACAT, une association autours de la communauté africaine noire et afro-descendante de Catalogne, elle est également l’une des membres majeures du groupe afro-féministe AfroFemKoop. À ces nombreux engagements, s’est ajouté le dimanche 14 février, celui de député de la CUP au sein du parlement catalan.

L’antiracisme dépasse ses engagements associatifs et devient l’un des principes qu’elle souhaite institutionnaliser à travers la politique. Récemment, Basha Changuerra a assuré que la formation anticapitaliste CUP s’est engagée à promouvoir un plan global contre le racisme en Catalogne et qui garantirait la dignité de tous les citoyens s’il entrait au gouvernement. Un combat qui lui tient à cœur et qu’elle mène jusqu’au sein de la gauche catalane. “Rendre visible la dynamique raciste de la gauche n’est pas facile, car il faut traverser la fragilité qui la fait sauter et accompagner ce processus également. Mais, en général, je peux dire que dans le cas des espaces et des compagnons avec lesquels je travaille, il y a prédisposition, humilité et volonté de déconstruction.” confiait-elle dans un entretien pour le site de l’organisation AfroFemKoop.

Engagée, elle l’a toujours été si l’on en croit cette interview dans laquelle elle confie avoir “toujours grandi avec cette conscience d’être actif dans la communauté et de veiller à l’intérêt collectif”. Elle a hérité cet engagement de son père, ancien président d’une association du peuple Bubi originaire de Guinée équatoriale. Un héritage culturel et un engagement politique qui la rapproche curieusement de son antagoniste, Ignacio Garriga.