Les manifestants Birmans moins nombreux après l’intensification de la répression

Les manifestants pro-démocratie sont de nouveau descendus dans les rues lundi en Birmanie. Leur nombre est toutefois moindre après le déploiement la veille, des troupes militaires qui contrôlent le pays depuis le début du mois.

Ils étaient des dizaines de milliers de Birmans a battre le pavé des grandes villes dimanche 14 février. Après neuf jours de contestations ininterrompues, la junte militaire, au pouvoir depuis le coup d’État du 1er février dernier, a renforcé sa répression en déployant des soldats dans plusieurs villes du pays. La présence des forces de l’ordre, appuyées par des canons à eau et des véhicules blindés a vu les foules se clairsemer lundi, tandis que certaines entreprises envoient des courriels à leurs employés pour les inciter à ne pas manifester.

De violents incidents ont eu lieu dimanche soir, à Mytkyiana, au nord de la Birmanie, l’armée à tiré sur les manifestants, faisant plusieurs blessés. Impossible pour l’heure de dire si les munitions utilisées étaient des balles réelles ou en caoutchouc. Touchée par un tir de la police, Ma Mya Thwet Thwet Khine, est décédée lundi à Naypyidaw, la capitale administrative. La jeune fille de 20 ans est la première martyr du mouvement pro-démocratie selon Le Monde. Le même jour, dans le nord de Rangoun, la capitale économique, plusieurs centaines de contestataires campaient devant la banque centrale pour appeler les fonctionnaires, menacés de sanctions par la junte, à se mettre en grève.

Vagues d’arrestations

Depuis le putsch, plus de 400 personnes ont été arrêté. L’armée diffuse une liste de sept activistes renommés sommant les témoins de les dénoncer et menaçant “ceux qui les hébergent” de représailles. Le général Min Aung Hlaing, accusé de « nettoyage ethnique » contre les Rohingyas par la communauté internationale et instigateur du coup d’État, a signé un décret samedi, dotant les forces de l’ordre de pouvoirs d’exception : elles peuvent procéder sans mandat à des perquisitions et maintenir toute personne en garde à vue au-delà de quarante-huit heures sans l’accord d’un juge. En réponse à des vagues d’arrestations nocturnes, des veillées citoyennes se sont mises en place dans les quartiers pour protéger les opposants.

Une proposition de loi de la junte militaire devrait entrer en vigueur lundi et autoriser le nouveau pouvoir d’accéder aux données des internautes, de bloquer des sites d’information, d’ordonner des coupures d’Internet et d’emprisonner ceux qui critiquent les autorités en ligne. Les connexions internet, très perturbées pendant la nuit ont été rétablies lundi matin.

Aung San Suu Kyi maintenue en détention

Inculpée pour avoir importé illégalement des talkie-walkies, retrouvés chez elle, Aung San Suu Kyi est assignée à résidence à Naypyidaw depuis le coup d’État. Son parti, la Ligue nationale pour la démocratie, assure que l’ex-dirigeante de 75 ans est « en bonne santé ». Maintenue en détention jusqu’à mercredi suite à un report d’audience, elle risque 2 ans de prison.

Ces événement sont au cœur de l’agenda international. Tom Andrews, rapporteur spécial des Nations unies pour la Birmanie, a averti que les chefs de la junte seront « tenus pour responsables » des violences, tandis que les représentations diplomatiques des États-Unis, du Canada et de plusieurs pays de l’Union européenne ont exhorté l’armée à « ne pas recourir à la violence ».