Nouveau protocole sanitaire : les professeurs lassés

Les professeurs redoutent la souplesse du nouveau protocole sanitaire. (Photo Léa Guedj et Lucie Rivière)

 

Alors que le variant britannique est en passe de devenir majoritaire, l’Éducation nationale a instauré lundi un nouveau protocole sanitaire allégé. Des professeurs craignent de travailler dans des conditions sanitaires dégradées.

À Nantes, une trentaine d’enseignants sont rassemblés devant les grilles du rectorat. Armés des drapeaux de leurs syndicats, ils sont là pour accueillir le ministre de l’Education nationale. Soudain, la voiture de Jean-Michel Blanquer s’arrête devant eux. L’un des manifestants dégaine son mégaphone pour clamer : “Jean-Michel, tes injonctions paradoxales sur la crise sanitaire sapent le moral du personnel de l’Éducation Nationale !” Lundi 15 février, des professeurs ont exprimé leur ras-le-bol et leurs inquiétudes, alors qu’un nouveau protocole sanitaire vient d’être publié.

Parmi les principaux changements, la foire aux questions du gouvernement précise notamment que “l’apparition d’un cas confirmé parmi les enseignants ou les élèves n’implique pas automatiquement de contacts à risque dans la classe”“C’est dangereux, réagit Julien Foucou, instituteur en maternelle à Pontoise (95) et délégué syndical CGT du Val‑d’Oise. Car il n’y aura plus aucune traçabilité de l’évolution du virus. Des collègues voudront continuer de travailler même s’il y a un cas dans la classe et ils n’iront pas forcément se faire tester.”

Vêtue d’un gilet jaune griffée de slogans et un drapeau rouge FO à la main, une professeur du lycée Jean Perrin à Rezé manifeste à Nantes. Elle est éreintée. “Nous ne sommes même pas au courant des cas de Covid-19 dans notre établissement : la direction dit que ce n’est pas son rôle de divulguer ces informations”. Seul indice de la contamination des élèves : la mention “en éviction” inscrite dans le bulletin d’absence transmis au professeur. “J’ai surveillé un bac blanc, et j’ai appris que 5 des élèves présents dans la salle étaient “en éviction” quelques jours plus tard. Je ne suis pas considérée comme un cas contact.”.

Autre allègement : un cas du variant britannique ne suffira plus pour faire fermer une classe. La conduite à tenir autour d’un cas confirmé de ce type de coronavirus — pourtant plus contagieux — sera donc la même que pour le cas général. Seule l’identification d’un cas de variant brésilien ou sud-africain — dont la résistance aux anticorps pourrait être supérieure — justifiera une fermeture de classe automatique.

“On fait avec les décisions du gouvernement, on s’adapte à chaque nouvelle règle, mais on n’est pas du tout écoutés”, soupire, résigné, Walid Benghafour, instituteur en CE1. Depuis le début de la crise sanitaire, il reçoit les mises à jour des règles à appliquer sur sa boite mail, relayées par le directeur de son école à St Symphorien d’Ozon, dans la périphérie de Lyon. “Je suis inquiet car les enfants en ont marre du port du masque et des gestes barrières,” ajoute-t-il.

Un allègement des règles “inconscient”

“Il n’y avait déjà pas beaucoup de mesures pour nous protéger, nous les enseignants et les élèves. Il y en a encore moins maintenant”, soupire Mme Thomas, professeure des écoles dans les Vosges. En tant que remplaçante, elle se déplace d’école en école pour une semaine, voire une seule journée de cours. “Je ne me sens pas protégée, confie-t-elle aux Ateliers du CFJ, à l’écart de la cour de récréation. L’allègement du protocole sanitaire dans les écoles est complètement inconscient. En changeant d’école régulièrement, je vois beaucoup de monde et les enfants portent souvent mal le masque.”

“La hiérarchie est dangereuse, martèle le délégué CGT Julien Foucou. Elle fait tout pour que les écoles ne ferment pas. Des collègues du Val‑d’Oise me racontent que les directeurs d’école ne font pas remonter les cas de Covid-19 parmi les élèves.”

Selon les derniers chiffres du ministère vendredi 12 février, 1 599 classes et 103 établissements scolaires (sur 61 510) étaient fermés en raison des cas de Covid-19. Un chiffre en hausse de 71% en une semaine. La semaine dernière, le ministère de l’Éducation nationale ne comptait que 934 classes fermées.

Julien Foucou regrette également le manque d’effectifs et l’incapacité à remplacer les enseignants absents face à la crise sanitaire. “Tous les jours, 200 classes ne sont pas remplacées dans le Val‑d’Oise, rapporte-t-il. Et une grande partie des parents des élèves les déposent malgré tout à l’école pour aller travailler.” Ces élèves sont alors répartis dans d’autres classes. Le délégué ajoute : “Cela crée un brassage et rend plus le traçage des contaminations encore plus difficile.”