Pomme : Victoire(s) pour les femmes

Couronnée pour la deuxième année consécutive aux Victoires de la Musique, la chanteuse Pomme a profité de sa remise de prix pour tacler l’industrie musicale et rebondir sur le mouvement #MusicToo. Son discours fait écho à une récente tribune, dans laquelle elle révélait avoir été harcelée sexuellement à ses débuts dans la musique. Portrait d’une jeune femme résolument engagée, féministe et ouverte sur le monde. 

« J’espère que cette industrie sera de plus en plus ‘safe’ pour les femmes, que cette nouvelle génération saura s’imposer et renverser les codes ». Sur la scène des Victoires de la musique, vendredi 12 février, Pomme donne le ton face caméra. Consacrée interprète féminine de l’année, après avoir gagné l’an dernier le prix de l’album révélation, la chanteuse âgée de 24 ans s’empare du mouvement #MusicToo, qui a brisé l’omerta des violences sexuelles dans l’industrie musicale. Depuis les révélations au sein du label indépendant Because Music, et la mise en cause du rappeur Retro X accusé de viol par cinq femmes, les affaires de sexisme, misogynie ou de harcèlement se sont multipliées. 

Porte-parole de sa génération

À Pomme d’apporter son témoignage. Dans sa lettre ouverte publiée sur le blog de Mediapart, la jeune femme prend la parole et « décide de dire les choses » la veille de la cérémonie des Victoires. D’emblée, Claire Pommet de son vrai nom, revient sur ses débuts : « Mon arrivée dans l’industrie de la musique a été traumatisante. Comme pour beaucoup d’autres femmes, vous aurez commencé à le comprendre… De mes 15 à 17 ans, j’ai été manipulée, harcelée moralement et sexuellement, sans en avoir conscience à cette époque, évidemment ». Des mots durs, précis, pas toujours faciles à sortir. 

Une initiative spontanée, aussi. Son entourage professionnel a pris connaissance de ce billet une heure après sa publication. « Ce n’est pas à but marketing, confie une source proche et désireuse de rester anonyme. Elle est restée authentique. Elle veut prouver que l’on peut tous avoir des faiblesses, des histoires pas très fun, mais qu’on peut s’en sortir. Et montrer l’exemple ». Pomme le précise elle-même, si elle prend le temps de revenir sur un épisode sombre de son adolescence, c’est pour toutes celles qui se sentent isolées. Elle se fait ainsi porte-parole d’une génération, sa génération. 

De ses débuts à #MeToo

Pomme a démarré la musique très tôt, à l’âge de six ans. Originaire de Caluire-et-Cuire, dans la banlieue lyonnaise, elle prend des cours de violoncelle, de solfège et de chant. Elle est décrite comme une petite fille « d’une très grande curiosité » par Anne-Marie Cabut, sa cheffe de chœur de la Cigale de Lyon. Les prémisses de son engagement sont peut-être à trouver dans son enfance. Jeanne Garraud, professeur de musique, a côtoyé Pomme pendant un an, lorsqu’elle n’a que huit ans. Suffisant pour lui laisser un vif souvenir de la demoiselle : « Elle était déjà animée par cette passion. Ses engagements m’apparaissent comme une suite logique ». Même son de cloche du côté de la chorale : « Elle demeure inchangée, naturelle, spontanée, et d’une grande détermination », poursuit Anne-Marie. 

La notoriété croissante de Pomme va de pair avec l’avènement du mouvement #MeToo. Sensibilisée aux problématiques qui secouent sa génération, l’artiste n’a jamais cessé de prendre la parole et d’évoquer ses faiblesses, ses failles comme elle aime à le rappeler — et auxquelles elle consacre son deuxième album. Sollicitée pour parler de son homosexualité (elle vient de participer au podcast Coming Out) ou des violences faites aux femmes, Pomme a aussi pour objectif de faire participer les autres. En juillet 2020, en plein déconfinement, elle explique sur son compte Instagram envisager un nouveau format de concerts. « J’inviterai des associations qui luttent contre toutes sortes de discriminations, tout groupe d’humaines qui cherche à rendre le monde un peu moins laid, à prendre possession des lieux ». À l’instar de ses consœurs et amies, Angèle en tête, Pomme incarne une génération de femmes qui osent casser les codes.