Vaccination : le sprint au Royaume-Uni, la course de fond en France

Le Royaume-Uni injecte 430 000 doses de vaccin contre la COVID-19 par jour, en moyenne.

 

Si le Royaume-Uni a dépassé les 15 millions de doses de vaccins injectées, - six fois plus qu'en France -, les patients doivent patienter pour obtenir leur deuxième dose et arriver à une immunité optimale.

Au Royaume-Uni, la vaccination a commencé très tôt, avant tous les autres pays occidentaux. Le 8 décembre 2020, la nonagénaire Margaret Keenan est la première personne dans le monde, hors essais cliniques, à recevoir une injection du vaccin développé par les laboratoires Pfizer et BioNTech. En France, il a fallu attendre la fin du mois de décembre et l’accord de l’Union européenne avant de mettre en place la campagne de vaccination. Elle a débuté le 27 décembre à Sevran, en Seine-Saint-Denis, et à Dijon, en Côte-d’Or. À cette date, un peu plus d’un million de personnes avaient déjà reçu une première injection outre-Manche.

Le gouvernement britannique a mis cette campagne de vaccination au centre de sa politique. Avec le Brexit qui entrait en vigueur début janvier, il s’agissait pour Boris Johnson d’une première occasion de prouver sa pertinence dans la lutte contre l’épidémie de Covid-19, en particulier vis-à-vis des autres pays européens. Le Royaume-Uni a donc massivement vacciné, et a dépassé hier le cap des 15 millions de personnes ayant reçu la première dose. Soit six fois plus que le total français, qui s’élève désormais à plus de 2 millions de personnes.

La courbe ci-dessus met en lumière le pari britannique : commander beaucoup de vaccins avant les autres pays, dont la France, pour pouvoir vacciner en masse. Mais si le nombre de premières injections est bien plus élevé chez les Britanniques, la France a, elle, réalisé davantage de secondes injections.

La question de la nécessité de la deuxième injection du vaccin s’est posée, notamment pour pouvoir protéger plus de personnes. En effet, même avec une seule injection, le vaccin protège déjà les patients. Dans une tribune publiée dans le New York Times, l’épidémiologiste Michael Mina et la sociologue des sciences Zeynep Tufekci rappellent que le vaccin de Moderna peut protéger à hauteur de 92 % à la première injection, 80 % pour celui de Pfizer et BioNTech.

Les laboratoires, et notamment Pfizer, préconisaient trois semaines d’écart entre les deux injections. Le gouvernement britannique a pris la décision d’allonger le délai entre les deux injections jusqu’à six semaines. Un choix risqué, que les autorités sanitaires françaises n’ont pas suivi. La France a à peine allongé le délai à quatre semaines entre deux doses. Le 26 janvier, le ministre de la Santé Olivier Véran justifiait cette décision : “nous sommes face à une part d’inconnu, je fais le choix de la sécurité des données validées”. Le ministre estimait par ailleurs que ce report aurait “un impact mineur sur le rythme des vaccinations”. La Haute Autorité de Santé avait pourtant jugé “raisonnable” l’idée d’allonger le délai à 6 semaines.

La position des autorités britanniques est donc claire : chercher à vacciner au maximum pour désengorger les hôpitaux et réduire la pression sur le service national de santé, le NHS, quitte à assurer une protection moins forte des patients. Boris Johnson a d’ailleurs atteint son objectif, annoncé mi-janvier, de vacciner plus de 15 millions de personnes avant la mi-février. Au total, près de 23 % de la population britannique a reçu au moins une injection, ce qui en fait le troisième pays le plus performant au monde sur ce point, quoique loin derrière Israël (74,43 % de la population) et les Émirats arabes unis (51,11 % de la population).

En France, seulement 4,25 % de la population a reçu sa première injection. De nombreux départements français sont dans l’impossibilité de proposer un nombre suffisant de vaccins à leur population. Dans certains centres, la promesse de l’arrivée de nouvelles doses avait entraîné une ruée des populations de plus de 75 ans vers les quelques rendez-vous disponibles. Certains ont cependant été finalement annulés, faute de doses reçues en temps et en heure.