Vente de tickets à bord des bus : l’inquiétude des chauffeurs

Six mois après l’arrêt de la vente à bord pour lutter contre le Covid-19, les machinistes peuvent à nouveau vendre des titres de transports dans leurs bus. Une décision de la RATP qui inquiète passagers et conducteurs.

Depuis ce lundi matin, les mesures barrières au sein des bus RATP semblent s’être assouplies. Les plexiglas séparant les chauffeurs des usagers se sont volatilisés, permettant l’ouverture complète des deux portes avant. En cause, la décision du groupe francilien de reprendre, sans attendre, la vente de tickets à bord des bus. Elle n’était plus possible depuis mars 2020.

“Pour moi, c’est paradoxal. On nous parle de mutations du virus, d’accélération de la pandémie et on s’empresse de nous envoyer au casse-pipe”, s’exclame une machiniste de la ligne 92 souhaitant conserver son anonymat. Son collègue de la ligne 123, Gary Marques, partage ce même constat : “Si je pouvais ne pas revendre des tickets, je ne le ferai pas. Manipuler l’argent des tickets, c’est prendre des risques pour rien”. C’est bien pour leur santé que les chauffeurs sont inquiets. “On est en pleine crise sanitaire et certains de mes collègues pensent à leur santé avant tout. Quand on vend des tickets, on est forcément en contact avec les voyageurs”, explique Sami Souissi, jeune chauffeur de 22 ans opérant sur la ligne 123.

Gary Marques, 30 ans, conduit le bus 123. Il n’a pas répondu à l’appel des syndicats. Photo T. Vartanian.

Un protocole sanitaire renforcé

Pour pallier ces inquiétudes, la régie a conçu un protocole sanitaire spécifique à la vente de tickets à bord afin de garantir la sécurité de ses employés. “Quand on vend un ticket, on doit mettre le bus en sécurité, se désinfecter les mains et tout ce qui est mis entre les voyageurs et nous-même”, décrit Sami Souissi. Cependant, toutes ces précautions ralentissent les trajets. “Vous imaginez, à chaque fois que je vends des tickets, je dois tout nettoyer et me rincer les mains avec du gel. Les usagers qui se rendent gare Montparnasse ont des impératifs horaires à respecter”, s’indigne la conductrice du 92.

Acheter son ticket par SMS, une alternative ?

Bien que mécontents, ces chauffeurs n’ont pas répondu à l’appel des syndicats à faire grève ce lundi 15 février, souvent par renoncement. C’est le cas de Gary : “Je ne ferai pas grève. J’en ai parlé avec mon chef hier et il m’a dit qu’on pouvait conseiller aux voyageurs de payer par téléphone. C’est plus simple. La RATP prévoit depuis un moment de faire disparaitre les tickets.”

Les chauffeurs de bus peuvent à nouveau vendre des tickets de bus à bord. C’était impossible depuis mars 2020. Photo T. Vartanian. 

Pour certains usagers, imposer cette solution serait une grave erreur. Surtout pour les personnes âgées ou non initiées aux nouvelles technologies. Angela Loureiro, professeure de danse de 69 ans et passagère du bus 80, dresse ce constat : “Les gens qui n’ont pas de Pass Navigo ou qui n’ont pas accès au téléphone portable n’auront pas les moyens d’acheter un ticket. Même si c’est minime, mettre de côté cette partie de la population en état de dépendance, cela me chagrine”.

Tous les chauffeurs de bus rencontrés disent ne pas vendre d’importantes quantité de tickets mais cela semble très variable en fonction des lignes empruntées. “Certaines lignes vendent jusqu’à 25 tickets en moins de 6 heures. Ce sont les lignes touristiques fréquentées par des gens qui n’y pensent pas. Les lignes intramuros en général”, précise Gary. Dans un article du Parisien, la RATP précise que la vente de titre de transport à bord des bus ne représente que 2% de l’ensemble des transactions.