Vrai ou faux : Le remdesivir est-il à l’origine des mutations du covid-19, comme l’affirme Didier Raoult ?

Invité de la matinale de CNews le 15 février, le professeur Raoult a affirmé que le remdesivir, approuvé en mai 2020 avant d’être déconseillé par l’OMS en novembre 2020, a provoqué les mutations du virus du Covid-19. Ce médicament peut en effet provoquer des mutations d’une partie du virus, mais aucune étude ne démontre pour l’instant son rôle dans l’émergence des variants anglais, sud-africain et brésilien.

Le remdesivir serait à l’origine des variants du virus du Covid-19, a affirmé le professeur Didier Raoult au micro de Laurence Ferrari dans la matinale de CNews le 15 février. Selon lui, le médicament du laboratoire américain Gilead aurait déjà provoqué des mutations du virus d’Ebola et de plusieurs autres coronavirus. « Chez les gens qui n’ont pas de défenses immunitaires, le virus persiste. (…) Si vous ajoutez un agent mutagène la-dessus, le virus mute. On a maintenant quatre virus qui ont muté sous remdesivir, et qui ont la mutation qui nous inquiète beaucoup chez le variant anglais, sud-africain et brésillien, a‑t-il expliqué. De là à penser que cette mutation a été induite par ce médicament, il n’y a qu’un pas ». La rédaction de CFJLab a contacté Morgane Bomsel, immunologue au CNRS et à l’Institut Cochin, pour un éclairage.

Le remdesivir peut provoquer des mutations d’une enzyme du virus

Comme l’a précisé Didier Raoult, le remdesivir peut en effet provoquer des mutations. Cela est dû à la manière dont il combat le virus. Il s’agit d’un “inhibiteur viral de l’ARN polymérase”, c’est-à-dire qu’il interfère avec la production de matériel génétique viral pour empêcher le virus de se multiplier.

« Quand le virus se multiplie, explique Morgane Bomsel, une enzyme multiplie l’ARN du virus, soit l’information génétique, tandis qu’un autre vérifie que la séquence d’ARN produite ne comporte pas d’erreur. Le remdesivir pourrait, si on le cultive longtemps in vitro, bloquer l’enzyme qui vérifie que la séquence d’ARN est correcte, et provoquer une mutation. »

Dans une étude publiée par la American Society of Microbiology en janvier 2018, les chercheurs ont observé des mutations causées par le remdesivir sur d’autres coronavirus dans une expérience in vitro. La mutation en question rendait le virus moins contagieux.

Les patients immunodéprimés favoriseraient les mutations du virus

Quant aux patients ayant de faibles défenses immunitaires, ils comportent effectivement des chances de développer des mutations du virus. Chez les patients immunodéprimés, le virus a tendance à persister plus longtemps, lui laissant la voie libre pour adapter son génome pour résister aux anticorps provenant du plasma utilisé pour le traitement.

Dans un article publié dans la revue Nature le 5 février, des chercheurs de l’université de Cambridge ont observé que traiter des patients immunodéprimés avec du plasma de personnes guéries pouvait faire muter le virus. L’étude indique que les patients étaient aussi traités avec du remdesivir, mais selon les chercheurs, c’est l’utilisation de plasma qui est en cause. L’un des auteurs de l’article, Ravindra Gupta, a expliqué à la rédaction de Checknews de Libération qu’il n’avait pas observé d’effet significatif du remdesivir dans la mutation du virus : «Nous ne pensons pas que le remdésivir ait joué un rôle important, car ce n’est pas un médicament puissant.»

 

Le remdesivir, utilisé à l’origine contre Ebola, est pour le moins controversé. L’antiviral avait été le premier à être approuvé par la Food and Drug Administration (FDA) américaine en mai dernier pour traiter le Covid-19. Dans un retournement de situation, l’OMS a déconseillé l’utilisation du remdesivir le 20 novembre 2020 : les résultats de l’essai Solidarity ne laissaient entrevoir aucun effet significatif sur la mortalité et l’état du patient.