“À quoi bon chercher si tout est fermé?” : une baisse du chômage en trompe-l’oeil

Le nombre de demandeurs d'emploi en France à chuté de plus de 1% depuis le trimestre dernier, selon les derniers chiffres de l'INSEE. SOURCE : Crédits Free-Photos de Pixabay.

 

Si les chiffres publiés par l’INSEE, ce mardi 16 février, révèlent une baisse du nombre de chômeurs de 1,1 % au trimestre dernier, par rapport à l’été 2020, ils sont à relativiser. Car ils ne prennent guère en compte les personnes qui ont renoncé à chercher un emploi, du fait du second confinement.

Au Pôle emploi du 11 rue Pelée, dans le 11ème arrondissement de Paris, il n’y a pas foule ce mardi 16 février. La queue, qui, l’année dernière, s’étirait jusqu’à l’angle de la rue suivante, ne dépasse plus les portes du bâtiment. Les chiffres de l’INSEE, tombés ce matin même, confirme une baisse du chômage, à 8 % au quatrième trimestre de 2020, contre 9,1 % au troisième (soit 340 000 demandeurs d’emploi en moins), revenant au niveau d’avant la crise sanitaire. 2,4 millions de personnes sont aujourd’hui au chômage sur l’ensemble du territoire français (outre-mer compris, sauf Mayotte). Ce qui semble une embellie n’est pourtant qu’un leurre. “Un trompe l’œil”, aux dires de l’INSEE.

Derrière la baisse apparente du nombre de chômeurs se cachent les individus qui ont cessé de chercher un emploi à cause du second confinement. Ceux-là sont sortis des statistiques. Seules les personnes qui ont effectué une démarche de recherche de travail au cours des quatre dernières semaines et qui se déclarent disponibles dans les deux semaines pour occuper un emploi sont comptabilisées par les savants calculs du Bureau international du travail (BIT). “Ces deux comportements, disponibilité et recherche, ont été plus ou moins affectés par les limitations de circulation des personnes et par la perception que ces dernières avaient des possibilités offertes sur le marché du travail en cette période de crise sanitaire”, explique l’INSEE dans sa note.

« S’aventurer à Pôle emploi chaque semaine, c’est usant ! »

Guillaume, 26 ans, s’est longtemps rêvé restaurateur. Mais ça, c’était avant la pandémie de Covid-19. Lui qui est revenu de Londres en février 2020 pour ouvrir son enseigne a vu la crise sanitaire balayer ses espoirs. Depuis son retour, il est au chômage, a rangé son tablier et ses ambitions et remis à plus tard sa recherche d’emploi. “Le secteur de la restauration est à l’arrêt. À quoi bon chercher si tout est fermé ?”, se désole-t-il. Guillaume préfère attendre des lendemains meilleurs, “plutôt que perdre son énergie à s’aventurer à Pôle Emploi chaque semaine. C’est usant !”, renchérit-il. Comme lui, selon l’INSEE, ils seraient 1,8 million de Français souhaitant un emploi, sans être considérés au chômage par les méthodes de calcul du BIT. Ce trimestre, ce sont presque 60 000 nouvelles personnes qui sont sorties du marché du travail, équivalant à une baisse du taux d’activité de 0,2%.

Les jeunes, catégorie d’âge la plus découragée

“Nous sommes dans une situation de latence où les travailleurs ne savent plus où aller, explique Jean-Charles Pradier, professeur d’économie à La Sorbonne, beaucoup sont découragés”. À commencer par les jeunes, qui entrent sur le marché du travail sans expérience professionnelle durable. Le nombre de chômeurs chez les 15–24 ans a diminué de 0,9 % sur le trimestre. “Les jeunes moins diplômés ou ceux qui n’avaient pas de job stable, pas de CDI, sont les plus résignés aujourd’hui. Ceux-là ont stoppé leurs recherches ou repris leurs études”, affirme l’économiste.

Mathilde, 23 ans le mois prochain, standardiste dans un hôtel parisien avant la crise, chômeuse depuis, revient de trois semaines de farniente à la Réunion. “Il fallait bien que je m’occupe !”, rigole la jeune femme. La pandémie de Covid-19 a bousculé ses plans. Craignant une plus forte concurrence sur le marché du travail à la fin de la crise, elle a décidé, en octobre dernier, de changer de voie en revenant sur les bancs de la fac. De devenir étudiante donc, à défaut d’être chômeuse.