Audrey Pulvar, sur le ring face au fantôme de son père

Légende : Audrey Pulvar au Festival du film américain à Deauville en 2017. SOURCE : Crédits Georges Biard, 3 décembre 2017.

 

Lundi 15 février, en pleine vague #MeTooInceste, Audrey Pulvar s'est exprimée sur les accusations de pédocriminalité visant son défunt père Marc Pulvar, syndicaliste martiniquais. Saluée pour son courage, la candidate à la région Ile-de-France s’est rangée du côté des victimes dans un plaidoyer vibrant. Portrait d’une ex-journaliste boxeuse ayant fait de la politique son nouveau combat. 

“Je ne sais faire qu’un seul métier et je le ferai jusqu’à la fin de mes jours”, prophétise Audrey Pulvar en novembre 2012. Huit ans plus tard, alors qu’elle tend son micro à Ariel Weil — tête de liste pour Paris Centre — Pulvar n’est pourtant plus journaliste, mais bien candidate. En se lançant en politique, l’adjointe à l’Agriculture de la mairie de Paris assume malgré elle l’héritage familial. 

Son nom de famille, elle le partage avec son père Marc Pulvar, décédé en 2008. Ce trotskiste et indépendantiste, figure de proue du syndicalisme martiniquais est aujourd’hui accusé d’inceste par ses nièces, Karine Mousseau, Barbara Glissant et Valérie Fallourd.

Pas question de séparer le père du criminel pour celle qui se définit comme “écoféministe” sur Twitter. Lundi 15 février, elle se livre sur France Interen tant que fille d’un pédocriminel, fille d’un monstre”. Un constat d’autant plus difficile à accepter que ce “monstre” lui a transmis son goût de la politique. “Mon père m’a construite et détruite”, tweete l’élue parisienne le 16 février. 

Cette passion de l’engagement coule dans ses veines depuis son enfance passée en Martinique, où elle naît en 1972. “S’il y a une explication à chercher, elle est du côté de mon père”, indique-t-elle à Libération. “On ne parlait que de politique à la maison, c’est quelque chose de viscéral chez moi”, se remémore celle qui est désormais tête de liste aux régionales. Enfant, la jeune Audrey souffre de l’absence de son paternel : elle se jure qu’elle ne fera jamais de politique, ou seulement lorsque ses enfants seront grands. Sa fille unique aujourd’hui adulte, Pulvar s’est jetée dans le bain, inspirée par Anne Hidalgo.

https://twitter.com/AudreyPulvar/status/1279118811547996161?s=20

Si les récentes accusations visent le père, c’est pourtant le nom de la fille qui ressort dans les médias. Comme si elle était associée à ses actes. En cause notamment : le fait qu’elle ait été mise au courant “il y a une vingtaine d’années”. Respectant le désir des victimes de ne pas s’exprimer avant leur lettre du 6 février, l’adjointe d’Anne Hidalgo leur a depuis réaffirmé son soutien : “Je souhaite qu’elles soient entendues et que leur parole soit respectée”. 

Ce n’est pas la première fois qu’on parle d’Audrey Pulvar sous le prisme des hommes de son entourage. En 2010 déjà, sa relation avec le socialiste Arnaud Montebourg l’éloigne de sa première passion, le journalisme télé. Elle se fait alors évincer successivement d’I‑Télé, de France Inter et de France 2. Une mise à l’écart à la saveur amère : “Je l’ai mal vécu. On m’a viré de façon préventive, dans le cas où je serais contaminée par les idées de mon compagnon tout en reconnaissant que je ne l’étais pas.”

Amatrice de boxe, elle accuse les coups sans broncher et fait fi de ses détracteurs.  “Le jugement des confrères, ce n’est pas ma préoccupation première”, admet-elle alors à l’AFP. Après 25 ans passés à écumer les plateaux d’une grande partie des chaînes du PAF — de la présentation du 19/20 de France 3 aux chroniques d’On n’est pas couché sur France 2 — la major de la promo 1994 de l’ESJ Paris quitte finalement le journalisme pour prendre la tête de la Fondation pour la nature et l’homme entre 2017 et 2019, pendant le bref passage de Nicolas Hulot au gouvernement. Elle affirme s’y sentir “plus utile” qu’en tant que journaliste. 

Personnalité très affirmée et assumée, elle se targue d’être une  “emmerdeuse” dans un entretien accordé à GQ. Ses collègues tant à la ville de Paris que dans le monde journalistique louent sa force de travail et sa discipline de fer. Sa ténacité lui permet une montée en puissance express en politique. “Citoyenne engagée et personnalité de la société civile” avant tout, Audrey Pulvar peine encore à se considérer comme une femme politique à part entière, confie-t-elle au Point le 13 février. Femme politique ou non, une certitude persiste. Audrey Pulvar n’est pas Marc Pulvar.

Anaïs Richard