Quand le tourisme vaccinal crée des tensions entre les territoires

Pour se faire vacciner au plus vite, certains n'hésitent pas à changer de département - SOURCE : Macau Photo Agency - 9 février 2021

 

Alors que certains départements manquent de doses pour vacciner toutes les personnes prioritaires, d'autres manquent de rendez-vous. Les populations se déplacent donc en quête d'une vaccination rapide, ce qui crée des tensions entre départements et entre autorités et personnel soignant.

Selon une enquête de TF1, le Territoire de Belfort (90) bénéficie de plus de 150 doses de vaccin pour 100 habitant éligibles (personnel soignant de plus de 50 ans ou atteint de comorbidités, personnes âgées de plus 75 ans). Dans les Hauts-de-Seine (92), ce chiffre tombe à 36 pour 150. Ces disparités entre départements créent des tensions, souvent dans les zones voisines ou la fracture est visible. TF1 révèle notamment que des habitants de Haute-Saône ou de l’Ain, dont les départements sont peu pourvus, se rendent dans le Jura pour se faire vacciner.

En Seine-Saint-Denis, ces mouvements de population agacent les médecins qui voient beaucoup de Parisiens venir profiter de la disponibilité des centres. Libération révèle dans une enquête publiée samedi 13 février que seuls 20% des vaccinés dans les centres de la Courneuve sont locaux… et 30% viendraient de Paris centre, pourtant mieux fourni en vaccins. Plus que la fourniture des centres en vaccins, c’est l’accès aux plateformes de prise de rendez-vous en ligne qui pose problème. Les populations aisées parisiennes sont mieux connectées et siphonnent les rendez-vous sur Doctolib avant que les Courneuviens y aient accès. Pour contrer cet effet, les centres de vaccination ont décidé de ne proposer sur Doctolib que 30% des créneaux existants. Et ils ont mis en place d’autres systèmes pour inciter les locaux à se faire vacciner.

Tensions entre autorités

La préfecture a réagi à la grogne des médecins par un mail jugé « scandaleux et infantilisant » par ses destinataires (les directeurs de centres de vaccination du 93), dans lequel le préfet menace à demi-mot de se montrer moins conciliant envers les centres lors de l’attribution des doses de vaccins s’ils ne respectent pas les consignes. Effectivement, la tension se joue aussi au niveau des ARS, auprès desquelles les centres doivent négocier le nombre de dose dont ils disposeront chaque semaine.

Pour régler ces problèmes, certains départements demandent le lieu de résidence lors de la prise de rendez-vous pour réserver leurs vaccins aux locaux, comme c’est le cas à Belfort. Cette situation évoluera à partir du 25 février, lorsque les médecins généralistes pourront à leur tour vacciner à leur cabinet, grâce à la molécule d’AstraZeneca. Certaines disparités risquent de subsister malgré cela, notamment dans les nombreux déserts médicaux. C’est le cas de l’Île-de-France, à l’exception de Paris.