Le prix des vaccins, une donnée qui vaut de l’or

L'Union Européenne a autorisé trois vaccins contre la Covid-19, mais refuse de publier les prix négociés pour les acheter (Photo libre de droit, Hakan Nural)

 

Le secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes, a annoncé lundi matin souhaiter « aller plus loin sur la transparence » des prix des vaccins commandés par l'UE, rejoignant les revendications portées par plusieurs députés européens. Une déclaration qui pourrait remettre en cause le sacro-saint secret des affaires, cher aux laboratoires.

Je voulais être transparente, peut-être un peu trop transparente”. C’est ainsi que s’est excusée Eva de Bleeker, ministre belge du budget, après avoir supprimé un tweet dans lequel elle listait le prix des vaccins contre la Covid négociés par l’Union Européenne en décembre dernier. Contractuellement, le coût de ces contrats doit en effet rester secret, en particulier à l’égard du grand public. Une opacité qui déplaît et qui a provoqué l’ire de plusieurs députés européens, comme Manon Aubry, députée La France insoumise. 

Tout ce qui concerne des informations comme le prix des vaccins est couvert par la confidentialité. […] C’est une exigence contractuelle”, expliquait au Monde un porte-parole de la Commission européenne suite au tweet controversé de la ministre belge, ci-après.

Capture du tweet posté par la ministre belge Eva De Bleeker, quelques instants avant sa suppression (crédits : RTBF/Twitter)

Selon Jonathan Garcia, expert en santé publique à l’université de Harvard aux États-Unis, ces clauses de confidentialité sont ainsi monnaie courante dans l’industrie pharmaceutique. “Les laboratoires cherchent à diviser le marché afin de pouvoir négocier des prix différents avec différents pays”, indiquait-il à la BBC.

Les mécanismes du marché ne suffisent pas 

Ce mode de fonctionnement de l’industrie pharmaceutique ne convainc pas tout le monde. Comme le souligne Philipe Mahenc, professeur en sciences économiques à l’université de Montpellier, dans un billet publié par La Tribune, “ce secret augmente le risque que certains laboratoires adoptent des comportements opportunistes en fixant des prix qui ne reflètent pas l’efficacité réelle des vaccins”.

Le chercheur insiste sur l’importance d’un contrôle indépendant. « En résumé, on ne peut pas compter sur le mécanisme exclusif du marché pour allouer les vaccins de manière efficace entre les États acheteurs », précise-t-il. Mais le secret des affaires, au-delà d’être un gage de compétitivité, pourrait s’avérer vertueux. Pour l’économiste David Bardey, interrogé par la BBC Mundo, il permettrait de faire payer plus cher les pays riches afin d’approvisionner les pays les plus pauvres à un coût moindre : “il serait plus difficile pour les laboratoires de facturer des prix plus élevés aux pays riches s’ils peuvent observer des prix plus bas pour les autres pays”.

Pendant les quelques minutes où le tweet de Eva de Beeker était visible, toute la planète a pu constater la grande disparité des prix des différents vaccins autorisés : de 1,78 euros la dose pour celui d’Astra Zeneca jusqu’à 14,68 euros pour celui de Moderna, le plus onéreux. Cet écart serait en grande partie dû aux coûts de recherche et développement de technologies nouvelles comme celle de l’ARN messager, portée par les laboratoires allemands BioNtech (12 euros la dose), Curevac (10 euros la dose) et par l’américain Moderna. Lors d’un entretien accordé en janvier dernier à L’Express, Stéphane Bancel, son PDG, avait ainsi indiqué espérer rentabiliser les trois milliards de dollars investis pour “rendre l’entreprise Moderna pérenne”. La technologie des vaccins à ARN messager pourrait en effet trouver des cas d’application beaucoup plus larges que la Covid dans le futur, assurant un avenir fécond aux laboratoires spécialisés dans cette technologie.