Le Royaume-Uni s’attaque à la “cancel culture” dans les universités

Crédits photos : Mohammad Shahhosseini

 

 

Le gouvernement britannique a déposé un projet de loi pour « garantir la liberté d’expression » dans les universités en laissant la place aux opinions controversées.

Le gouvernement britannique a annoncé mardi vouloir tempérer les effets de la “cancel culture” dans les universités au nom du respect de la liberté d’expression. En cause, l’annulation de certaines conférences et débats sous la pression étudiante qui considère les propos des invités comme offensants et problématiques. La conférence du philosophe Roger Scruton (décédé en janvier 2020), à qui étaient reprochées des positions islamophobes et antisémites, avait ainsi était interrompue. 

Par cette loi, le ministre de l’Éducation britannique Gavin Williamson veut aussi éviter que des universitaires ne perdent leur emploi pour avoir exprimé des positions controversées. “Je suis profondément inquiet de l’effet paralysant sur les campus d’une censure et d’un silence inacceptables”, a‑t-il précisé, s’attirant des accusations d’ingérence dans le fonctionnement des établissements.

Un champion de la liberté

Le gouvernement envisage donc de nommer un “champion de la liberté” pour enquêter sur les cas où cette liberté n’est pas respectée, mais aussi de permettre aux universitaires ayant perdu leur emploi de réclamer une indemnisation.

Des propositions pertinentes pour un groupe de chercheurs qui salue cette nouvelle dans le quotidien conservateur The Times. “Ces dernières années, trop d’universitaires ont été marginalisés parce qu’ils ont des opinions peu orthodoxes sur des questions comme le genre, le Brexit et l’héritage de l’empire” britannique, peut-lire dans leur lettre ouverte. Ces chercheurs notent aussi que les orateurs et les universités font souvent passer “la sécurité émotionnelle” des étudiants avant “la liberté d’enquêter”.

Contrôler ce qui peut être dit ou pas sur le campus

De leur côté, les universités voient ce projet de loi comme “une tentative du gouvernement de contrôler ce qui peut être dit ou pas sur le campus” selon Jo Grady, secrétaire générale du syndicat des Universités et Colleges. Les questions que soulèvent ce projet de loi sont fortement liées aux controverses sur la “cancel culture”. Pour les auteurs, boycotter leurs propos s’apparente à de la censure tandis que pour ceux qui rejettent ces discours, ne pas faire exister une pensée problématique permet de donner davantage de place à la parole des victimes.

D’autant plus que pour Hillary Gyebi-Ababio, vice-présidente du Syndicat national des étudiants, “il n’existe pas de preuve d’une crise de la liberté d’expression sur les campus”. On peut voir que selon une étude récente, 0,06% des conférences et des événements organisés dans les universités au Royaume-Uni ont été interrompus ou annulés en raison de l’opinion des intervenants. Parmi les orateurs visés, on trouvait l’europhobe pro-Brexit Nigel Farage ou la journaliste de la BBC Jenni Murray accusée de transphobie.