Navalny — Poutine : le combat continue

Crédit : Alexey Yushenkov 

 

Depuis son retour en Russie après son empoisonnement l'été dernier, l'opposant politique fait l'objet de plusieurs condamnations, dont une pour diffamation. Le verdict a été rendu ce mardi.

Depuis son retour d’Allemagne le 17 janvier dernier, Alexeï Navalny collectionne les déboires judiciaires. Dernier rebondissement en date, sa condamnation à 950 000 roubles d’amende pour diffamation, l’équivalent de 10 600 euros. L’opposant du Kremlin, accusé d’avoir tenu des propos diffamatoires à l’encontre d’un vétéran de la Seconde Guerre mondiale, doit s’acquitter de cette somme.

Il aura diffusé des informations « mensongères » et « injurieuses » sur un ancien combattant ayant participé à un clip de campagne dans lequel il défendait un référendum renforçant les pouvoirs de Vladimir Poutine. En Fédération de Russie, la victoire des soviétiques sur les nazis occupe une place prépondérante dans l’imaginaire collectif de la population et des autorités. Les propos de Navalny, qui qualifiaient le vétéran de « honte de la nation », voire de « traître » ont ainsi été très mal perçus.

Pour Galia Ackerman, docteure en histoire et chercheuse associée à l’Université de Caen, spécialiste de l’Ukraine et de l’idéologie de la Russie post-soviétique, “la réaction de Navalny n’a rien à voir avec la guerre. C’est le clip presque publicitaire qu’il fustige. Ses allégations constituent une opinion et non un délit”. La défense de Navalny dénonce une campagne de diabolisation, orchestrée depuis l’été. “Les poursuites contre Navalny sont fantaisistes et arbitraires. Il n’y a aucun élément constitutif d’un délit dans cette affaire”, a plaidé son avocate Olga Mikhaïlova. 

Un imbroglio judiciaire

Depuis un mois et la diffusion d’un documentaire consacré à la flamboyante résidence d’été de Vladimir Poutine, intitulé Un Palais pour Poutine, l’opposant politique est sous le joug de multiples procédures. Le 2 février, le militant anti-corruption a été condamné à trois ans et demi de prison ferme pour ne pas s’être présenté à un contrôle judiciaire, alors qu’il avait déjà une peine avec sursis. Hospitalisé en Allemagne à la suite d’une tentative d’empoisonnement, Alexeï Navalny s’est défendu de pouvoir s’y rendre en physique.

À l’instar de Joseph K., héros malheureux du Procès de Kafka, l’opposant politique est empêtré dans d’autres affaires : une peine de 3,3 millions de roubles de dommages et intérêts pour avoir accusé une entreprise agroalimentaire de corruption, contre laquelle Navalny fait appel. Le verdict doit être rendu ce mardi. L’opposant risque également dix ans d’emprisonnement supplémentaires, pour l’une de ses enquêtes. 

Vous voulez me fusiller”, aurait déclaré Navalny au procureur, quelques minutes avant la fin de son réquisitoire. Et de l’accuser, au passage, d’un faux procès. “Navalny fait l’objet d’une campagne de dénigrement absolument incroyable, renchérit l’historienne Galia Ackerman. Les médias d’Etat relaient cette propagande et ces messages de haine”. Pour Navalny, apparaître comme la bête noire du Kremlin pourrait servir sa future stature présidentielle, et le présenter comme une véritable alternative politique.