“Plante anti-Covid” en Guadeloupe : Frédérique Vidal appelle à la prudence

L'herbe à pic, ou neurolaena lobata - Crédits : Wikipédia - JM Morel, à Gourbeyre, Guadeloupe, mai 2019

Interrogée mardi au sujet d'un possible remède au Covid-19 par une plante guadeloupéenne, la ministre a préféré tempérer l'engouement.

La ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Frédérique Vidal a déclaré mardi qu’il était “trop tôt” pour mesurer l’efficacité de l’herbe à pic dans la lutte contre le Covid-19. Cette plante est vantée dans la médecine locale en Guadeloupe et considérée comme un remède potentiel contre le virus. Les produits dérivés de l’herbe à pic s’y arrachent depuis une semaine.

Le laboratoire guadeloupéen Phytobokaz a “effectivement développé un médicament à base d’herbe à pic, une plante dont les vertus sont utilisées depuis des siècles, qui suscite beaucoup d’engouement”, a‑t-elle affirmé à l’Assemblée nationale. Mais “il est encore trop tôt pour en dresser le bilan”, a‑t-elle ajouté. Frédérique Vidal était interrogée par le député GDR Gabriel Serville, qui regrettait que les initiatives d’Outre-Mer comme celle autour de l’herbe à pic soient “mises au ban et écartées” de la stratégie sanitaire du gouvernement.

La ministre a tout de même reconnu “l’apport potentiel de molécules présentes dans les pharmacopée traditionnelles, particulièrement dans les pays tropicaux et sub-tropicaux qui sont très riches en biodiversité”, contre le coronavirus.

La semaine dernière, le laboratoire Phytobokaz, situé au sud de l’île, a annoncé avoir “prouvé l’efficacité d’une plante endémique sur l’immunité innée face aux virus émergents à ARN”. Une déclaration qui a provoqué de nombreux raccourcis dans les médias locaux ou sur les réseaux sociaux. Beaucoup ont en effet conclu que l’herbe à pic était un “remède au Covid-19”, voire même à tous les virus à ARN tels que la dengue, la rougeole ou l’hépatite C. Le communiqué du laboratoire n’avait pour autant fait aucune mention du Covid-19.

De nombreuses pharmacies avaient alors alerté d’une rupture de stock du Virapic, médicament à base d’herbe à pic réputé pour ses vertus fortifiantes.

Le chercheur Damien Bissessar, qui travaille chez Phytobokaz, a alors indiqué dans les médias locaux que “chimiquement, la molécule” d’herbe à pic “testée a permis de montrer qu’elle a une action “inhibitrice sur l’enzyme DHODH qui permet la réplication des virus à ARN” (…) Il faudra encore réaliser les études cliniques”, avait-il cependant averti.