Quatre films d’auteurs français à découvrir sur Netflix

Isabelle Huppert dans La Cérémonie de Claude Chabrol (1995). Crédit: MK2 Productions.

 

Netflix a mis en ligne, lundi 15 février, huit films du cinéaste français Claude Chabrol. A cette occasion, CFJ Lab vous conseille quatre films emblématiques de la Nouvelle Vague disponibles sur la plateforme.

 

Netflix fait la cour au cinéma français. Une entreprise de séduction qui a débuté lors du premier confinement. Depuis, la plateforme américaine totalise 200 millions d’abonnés à travers le monde dont 7 600 000 simplement en France. Une croissance du portefeuille d’abonnés qui encourage Netflix à s’adapter en nourrissant son catalogue de contenus français pour mieux satisfaire les exigences du public local.

C’est justement avec cet objectif, et tout en profitant de la fermeture prolongée des salles de cinéma que la société de l’Américain Reed Hastings s’est associée à MK2 en avril 2020. Objectif : proposer un bouquet de films d’auteurs emblématiques. Un intérêt pour le cinéma patrimonial qui ne s’est pas démenti puisqu’en janvier 2021, Netflix s’engageait à soutenir la Cinémathèque Française dans la restauration de films de patrimoine. Une façon de redorer son image aux yeux des pouvoirs publics français qui ont tout de même imposé à l’entreprise de financer les œuvres audiovisuelles françaises à hauteur de 20 à 25% de leur chiffre d’affaires annuel.

L’incursion de Netflix dans le cinéma d’auteur à la française avait commencé avec un nom qui en est symbolique : François Truffaut. Interrogé à l’époque de leur première diffusion  sur la plateforme, le critique de cinéma Serge Toubiana affirmait : “Si les films de Truffaut sont sur Netflix, c’est parce qu’ils pensent que ce sont des films qui peuvent intéresser [leur] public”. Après cette opération communication réussie, Netflix s’offrira par la suite bien d’autres noms prestigieux comme ceux de Jacques Demy ou Jean-Luc Godard avant de jeter son dévolu, tout récemment, sur Claude Chabrol. Voici une liste non exhaustive de quelques chefs‑d’œuvre à découvrir depuis chez vous.

À bout de souffle, Jean-Luc Godard (1960)

Le duo Jean-Paul Belmondo et Jean Seaberg virevolte dans ce long-métrage énergique de Jean-Luc Godard. Crédit : Raymond Cachetier.

Quoi de mieux que le film qui a contribué au lancement de la Nouvelle Vague pour commencer ? Basé sur un scénario de François Truffaut, À bout de souffle est le premier long-métrage signé par Jean-Luc Godard. “Radical”, voilà le terme employé par la critique de l’époque pour décrire cet ovni cinématographique. Si l’histoire est convenue – une romance mêlée à une intrigue policière entre le jeune voyou Jean-Paul Belmondo et la sublime Américaine Jean Seaberg – sa forme, elle, ne l’est pas du tout. Un montage anarchique, des acteurs qui improvisent, des dialogues subversifs, des mouvements de caméra en veux-tu en voilà et des décors naturels… La liberté jaillit de la pellicule et le point de vue du réalisateur s’exprime à travers la forme même de son film. À bout de souffle est un manifeste de liberté d’une jeunesse qui ne se reconnaît ni dans la société traditionnelle ni dans le cinéma qui en découle.

La femme d’à côté, François Truffaut (1981)

Gérard Depardieu et Fanny Ardant incarnent d’anciens amants autodestructeurs dans La femme d’à côté (1981).

François Truffaut, l’autre figure de proue de la Nouvelle Vague, a eu l’idée de ce film – l’un des plus aboutis de sa filmographie – en lisant un fait divers dans le journal. Forcément, il s’agit d’un drame, et plus précisément d’une obsession amoureuse entre deux anciens amants réunis par le fruit du hasard : Mathilde (Fanny Ardant) et Bernard (Gérard Depardieu). Première rencontre au sommet entre deux monstres sacrés du cinéma.  À propos de sa première rencontre avec Fanny Ardant en amont du tournage, Gérard Depardieu confiait : “Quand elle m’a regardé dans les yeux pour me dire bonjour, elle m’a terrifié. J’ai bien vu que nous allions tourner un film d’amour qui fait peur”. L’acteur a résumé en une phrase la morale truffaldienne par excellence : “l’amour est toujours malheureux”.

 

César et Rosalie, Claude Sautet (1972)

Après Les choses de la vie (1970),Claude Sautet retrouve en 1972 sa muse Romy Schneider, sur le tournage de César et Rosalie.

Longtemps méprisé par la critique, Claude Sautet a connu une carrière en dents de scie, faite de grands succès et d’échecs retentissants. “Trop bourgeois”, “pas assez Nouvelle Vague”, écrivait la presse. En 1970, le grand public le découvre avec Les Choses de la vie. Film dans lequel il fait éclore le talent de celle qui deviendra sa muse : l’actrice Romy Schneider. Dans César et Rosalie, le réalisateur la retrouve dans une histoire de triangle amoureux entre Rosalie (Romy Schneider), César (Yves Montand), le nouveau riche exubérant, et David (Sami Frey), l’artiste doux et modéré. Un genre de Jules et Jim dix ans plus tard où la femme, déchirée entre deux hommes, fait le choix de ne pas choisir. Un film sur la liberté amoureuse donc … Celle d’une femme. Mais le cinéma de Claude Sautet, c’est aussi tout ce qui nous est actuellement interdit. Un récit du quotidien fait de scènes tournées dans des brasseries bondées, envahies à la fois par la fumée des cigarettes et par les regards qui se croisent.

 

La Cérémonie, Claude Chabrol (1995)

Sandrine Bonnaire s’illustre dans le personnage d’une gouvernante analphabète, tandis qu’Isabelle Huppert incarne une postière. Source : La Cérémonie (1995)

Assez parlé d’amour ! Retournons à Claude Chabrol en évoquant son film culte qui n’a rien à envier à Parasite de Bong Joon-Ho. Le réalisateur y poursuit brillamment sa peinture cruelle de la bourgeoisie. Tout au long de sa filmographie, celui qui a adapté au cinéma Madame Bovary s’applique à retranscrire sur la pellicule cette phrase de Gustave Flaubert : “La bourgeoisie est un état d’esprit, pas un état de finances”. Un état d’esprit incarné ici par les Lelièvre, une riche famille de notables, qui emploient une gouvernante analphabète nommée Sophie (Sandrine Bonnaire). À travers cette intrigue simple, l’histoire avec un grand H : celle de la lutte des classes qu’incarnent le personnage de Sandrine Bonnaire et d’Isabelle Huppert, la postière du coin. Bref, La Cérémonie raconte avec brio le combat amoral et ironique de deux femmes face à l’hypocrisie de la bourgeoisie devant les invisibles.