Un conflit de générations, prochaine crise à venir ?

Des centaines d’étudiants avaient manifestés à Paris en janvier pour manifester leur mal-être de « génération sacrifiée » - @Théo Touchais – janvier 2021

 

Plus d'un Français sur deux craint un conflit de générations, révèle une enquête d'Odoxa. En cause, la crise sanitaire qui contraint les jeunes à sacrifier leurs belles années pour la survie des ainés.

Est-on à l’aube d’un prochain conflit générationnel ? Aux yeux des Français, le risque existe : 56% d’entre eux craignent un conflit de générations dans les mois à venir. Selon l’enquête de l’entreprise de sondages Odaxa pour le Cercle Vulnérabilité et Société, 12% le craignent même beaucoup, alors comment expliquer ce risque accru de désaccords entre les Français les plus jeunes et les plus ainés ?

À l’origine de cette tendance, l’ensemble des mesures mises en place pour faire face à la crise sanitaire. Confinements, couvre-feu, cours et travail à distance, fermeture d’établissements culturels et loisirs… Toutes ces restrictions poursuivent un objectif : protéger les populations à risques, c’est-à-dire les personnes âgées. En parallèle, les jeunes, bien moins vulnérables face à la Covid-19, souffrent de ces privations de libertés.

Un fossé se crée entre ces deux générations, toutes deux persuadées de davantage pâtir des conséquences de la crise sanitaire. “Un indicateur est tout de même inquiétant et souligne un manque de communication entre les générations : dans la crise que nous traversons, elles ont le sentiment que l’autre ne la comprend pas”, commente Emile Leclerc, directeur de l’études Odoxa. En effet, 70% des 65 ans et plus ont le sentiment que les plus jeunes Français n’ont pas conscience des difficultés rencontrées par les personnes âgées depuis le début de la crise sanitaire. En retour, 57 % des 18–34 ans ressentent l’inverse.

Les jeunes, premières victimes collatérales

L’enquête Odoxa établit que les jeunes sont les premières victimes collatérales de la crise sanitaire. Près de deux sur trois (66%) souffre d’une détérioration de ses relations sociales, contre 48% pour les 65 ans et plus. Plus d’un jeune sur deux (51%) connaît une baisse de pouvoir d’achat, contre un ainé sur trois (35%). Les jeunes sont également plus sujets à ressentir des difficultés psychologiques : 56% d’entre eux ont traversé un état dépressif ou une forte baisse de leur moral, contre 34% chez les plus âgés.

 

Les difficultés rencontrées selon les générations depuis le début de la crise sanitaire — SOURCE : Odoxa — février 2021

 

Face à ces difficultés, certains jeunes sont séduits par la mise en place d’un confinement spécifique aux personnes âgées. Près de 59% des 18–34 ans sont favorables à ce type de confinement. Cette disposition permettrait aux plus jeunes Français de retrouver une vie ordinaire. Mais pour les plus âgés, cette mesure est inenvisageable. Seulement 26% des plus de 65 ans approuvent cette idée. “Une telle décision impliquerait donc clairement un risque de conflit de génération et le sentiment d’une rupture d’égalité chez les plus âgés”, considère Emile Leclerc.

Si les points de distorsions entre les plus jeunes et leurs ainés sont nombreux, ces deux générations font preuve d’empathie. Elles s’accordent notamment sur un point : les plus jeunes sont les plus mal pris en compte dans les décisions gouvernementales. 82% des 18–34 ans et 80% des 65 ans et plus le pensent. Il est ainsi impossible de prédire un conflit de génération dans les prochains mois. Pour Emile Leclerc, c’est la sortie de l’épidémie [qui] sera donc déterminante pour la solidarité intergénérationnelle dans un contexte où chaque génération se sent aujourd’hui mal prise en compte dans les décisions”.