Vrai ou faux : Peut-on aller à la piscine sur ordonnance ?

Il y a toujours des nageurs à la piscine du centre sportif Emile-Anthoine (Paris 7ème) - SOURCE : Tristan Vartanian, 16 février 2021.

 

Vrai et faux. Les piscines sont interdites au public mais ouvertes quand même. Elles sont accessibles aux personnes disposant d’une prescription médicale spécifique justifiée par leur état de santé. Le personnel de la piscine Émile-Anthoine constate pourtant certains abus.

Au centre sportif Émile-Anthoine, tout proche de la Tour Eiffel, le téléphone n’arrête plus de sonner. Un interlocuteur, mis sur haut-parleur, se renseigne sur les conditions d’accès à la piscine. Depuis la mi-janvier, si vous n’êtes pas sportif de haut niveau, un simple certificat médical ne suffit plus.

Le Ministère des sports précise sur son site internet que seuls les publics considérés comme “prioritaires” conservent un accès aux équipements sportifs couverts tels que les piscines. Cette règle concerne les “sportifs professionnels, sportifs de haut niveau et autres sportifs inscrits dans le Parcours de performance fédéral, personnes en formation universitaire ou professionnelle, personnes détenant une prescription médicale APA et personnes en situation de handicap reconnu par la MDPH”. Dans sa FAQ, le Ministère ajoute toutefois que « ces prescriptions médicales sont réservées aux patient atteints d’une maladie chronique ou d’une affection de longue durée. Ainsi, cette prescription médicale doit être établie de manière spécifique et ne peut se résumer à un simple certificat médical de non-contre-indication à la pratique sportive ».

Des prescriptions de complaisance ?

Pour autant, Corinne, chargée de l’accueil du public de la piscine Émile-Anthoine constate une nette augmentation de la fréquentation depuis le retour des vacances de Noël. “Tous les jours, des personnes présentent des certificats médicaux. Avant on tournait à 15–20 personnes dans la journée, maintenant on monte facilement à 50”, raconte-t-elle. Elle doute du bien-fondé de certaines de ces prescriptions médicales : “Il y a des certificats médicaux de complaisance, ça se voit. Quand il est simplement marqué ‘natation’, ça veut dire quoi d’après vous ? Tout et rien. Après on ne demande pas que les médecins marquent la pathologie, ça ne nous regarde pas, mais bon…” Dans certains cas, elle n’a même aucun doute : “Une dame est venue avec le certificat médical d’un chirurgien-dentiste pour aller à la piscine”.

 

Le centre sportif Emile-Anthoine accueille une cinquantaine de nageurs par jour. Crédits : Tristan Vartanian, 16 février 2021.

Les médecins de plus en plus sollicités

Du côté des médecins généralistes, les demandes pour pratiquer la natation sont régulières. Sophie Sauvage, médecin  généraliste installée dans le 15e arrondissement de Paris témoigne : “On a deux trois demandes par semaine. Ce sont des personnes qui manquent d’activités physiques, qui ont besoin de se défouler ou des gens qui ont des douleurs articulaires. Leur argument c’est : ‘dans les piscine il y a du chlore, donc il n’y a pas de Covid’, sauf que je leur réponds que dans la douche, il n’y a pas de chlore et ils sont sans masque. Humidité et chaleur, tout ce qu’il faut pour multiplier le virus. Les personnes qui ont besoin de rééducation en bassin font de la balnéothérapie avec un kiné, donc ils ne vont pas à la piscine.”

Certaines pathologies “ne se voient pas”

La hausse de la fréquentation des piscines va même jusqu’à décourager certains usagers. Corinne raconte : “Deux personnes âgées se sont aperçues qu’il y avait de plus en plus de monde. Elles hésitent désormais à revenir par peur d’attraper le Covid. Elles voient des personnes qui n’ont pas de pathologie qui viennent s’amuser.”

Une nageuse souffrant de problèmes respiratoires interrogée sur place nous invite à prendre des pincettes : “Je ne suis pas médecin donc je ne peux pas juger. Il y a quand même des pathologies qui ne se voient pas. Je pense qu’il faut arrêter de mettre le haro sur les soi-disant certificats de complaisance.”

Utiliser ou établir une prescription médicale de complaisance est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende.