“Dire aux patients ‘j’ai plus urgent que vous’, ce n’est pas possible !” : tensions autour de la vaccination dans l’Oise

Légende : Dans toute la France, 700.000 doses du vaccin AstraZeneca vont être réceptionnées en pharmacie à compter du 17 février. SOURCE : Crédits : Alain Bachellier.

 

700.000 doses du vaccin AstraZeneca sont attendues dans les pharmacies à partir du 17 février. Un faible nombre de doses qui oblige les médecins de ville à vacciner les moins de 65 ans les plus à risque en priorité.

À la pharmacie de Pierrefonds (Oise), la commande de vaccins est à l’image de la commune : petite. Nichée en plein coeur du village médiéval, l’officine n’a pu commander que dix doses du sérum AstraZeneca. “J’ai contacté les médecins du secteur pour savoir qui était intéressé pour vacciner”, glisse Pierre Simonin, le pharmacien titulaire.

Sur les praticiens qui dépendent de son établissement, un seul lui a répondu. C’est celui du village, le Docteur Grimaux. Comme le veut la règle face au manque de doses disponibles, il va recevoir un unique flacon. De fait, pour cette première livraison, chaque médecin est crédité de dix doses. Pas plus. Une faible commande que le pharmacien s’empresse de relativiser : “À Morienval, il y a un deuxième médecin qui dépend plus de la pharmacie de Fresnoy-la-rivière. Et le centre médical de Cuise-la-motte travaille davantage avec la pharmacie de Trosly-Breuil”, relève-t-il pour expliquer que les médecins du secteur ne dépendent pas tous des mêmes officines.

Dans toute la France, pas moins de 700.000 doses du vaccin AstraZeneca vont être réceptionnées en pharmacie à compter du 17 février. Elles doivent permettre aux généralistes de planter leurs aiguilles huit jours plus tard. Ce qu’attend Philippe Véron. Dans l’intimité de son cabinet de Tracy-le-Mont, les discussions relatives au vaccin reviennent sur le tapis à chaque consultation. Et la demande pour le sérum AstraZeneca est déjà là. “J’ai commencé à fixer les rendez-vous. J’en ai déjà deux pour le mercredi 3 mars”, précise le praticien.

« C’est la course à l’échalote »

Une bonne nouvelle dans l’Oise au regard de la situation sanitaire. Selon le site de référence Covidtracker, le taux d’incidence — le nombre de cas sur 7 jours pour 100.000 habitants — est de 219 dans le département. C’est plus que la moyenne nationale, qui s’élève à 188. Vacciner en ville doit aussi permettre de faire redescendre la tension qui pèse sur les hôpitaux, comme à Compiègne. “C’est chaud”, souffle le Docteur Véron au moment d’évoquer cette pression sur les services de soin. Pour preuve, dans le département, les patients Covid occupent aujourd’hui plus de lits de réanimation qu’il n’y en avait de disponibles avant l’épidémie, soit 111% du total initial. 

“Il y a beaucoup de personnes désireuses de se faire vacciner. C’est la course à l’échalote”, abonde Philippe Chombart, médecin généraliste à Compiègne. Lui-même n’a pas réussi à se faire vacciner en tant que professionnel de santé. Il regrette particulièrement d’être dépendant de l’étranger : “Au pays de Pasteur, nous ne sommes pas capables d’avoir un vaccin qui tienne la route.”

Logistique contraignante

Face à l’enjeu que représente la vaccination, Philippe Véron va revoir l’organisation dans son officine à Tracy-le-Mont. “J’ai un frigo qui ne me sert pas que je peux utiliser au cabinet. Je regarde aussi pour trouver une sonde qui fait les relevés de températures sur smartphone”, décrit-il avant d’ajouter qu’il existe une obligation de relevé des températures 3 fois par jour. Les flacons de sérum AstraZeneca se conservent six mois entre 2 et 8 degrés.

Pour être encore plus efficace, le médecin a également inscrit sa collègue — partie fêter son anniversaire à Montpellier — “de force”, pour qu’elle aussi soit créditée d’un flacon. Pour autant, assure-t-il, pas question de prioriser certains patients. “Être obligé de rappeler un patient pour dire : ‘j’ai plus urgent que vous’, ce n’est juste pas possible.”

Derrière sa protection en plexiglas, le pharmacien Pierre Simonin reste en tout cas sceptique sur la réussite de cette campagne de vaccination. “Un flacon ne contient que 10 doses”, relève-t-il, déjà certain du manque à venir. À ce rythme, le taux de vaccination dans l’Oise, actuellement d’à peine plus de 2 %, risque de rester faible encore longtemps.