En Israël, des badges pour se rendre au restaurant

Daniel Schludi. 

Alors que 45% de la population israélienne est vaccinée, l’Etat hébreu a annoncé un système de badge pour pouvoir accéder à certains lieux.

Ils étaient des centaines à se réunir, au soleil, sur la plage de Tel Aviv ce weekend, au détriment des contraintes sanitaires. Entre les joueurs de matkot, ces raquettes de plage typiques du pays, et les bandes d’amis heureux de se retrouver, peu d’entre eux arboraient un masque, et tous se tenaient à proximité les uns des autres. Un air de fin de confinement, en vigueur depuis le 27 décembre dernier, et le troisième depuis le début de la pandémie de coronavirus. 

A partir de dimanche, salles de sport, bibliothèques, musées, restaurants et cafés rouvriront en Israël, à condition toutefois d’avoir obtenu au préalable un précieux et controversé sésame : un “badge”.

Succès de la campagne de vaccination

Depuis deux mois, la stratégie de vaccination massive mise au point par les autorités semble porter ses fruits. Près de 4 millions d’Israéliens ont été vaccinés, ce qui représente 45% de la population, et 2,6 millions d’entre eux ont déjà reçu la seconde injection, selon les données du Ministère de la Santé. Avec ces chiffres, le petit pays enregistre le plus fort taux de vaccination au monde.

Ce dimanche, l’Etat hébreu expérimente la mise en place d’un “double badge”. Un de couleur pourpre, destiné aux personnes non vaccinées ou qui n’ont pour le moment reçu qu’une dose de vaccin, et le second de couleur verte, pour ceux qui se sont vus administrer leur deuxième injection. Les centres commerciaux, bibliothèques, musées, cafés et certains lieux de culte seront ouverts en mode “pourpre”, c’est à dire à tous. Les restaurants, eux, ne seront ouverts que pour les détenteurs du “badge” vert. En plus du “badge”, le gouvernement prévoit un passeport vert pour les Israéliens doublement vaccinés, afin de rentrer dans le pays sans passer par la case quarantaine après un voyage à l’étranger. Ces mesures ne font pas consensus, et font craindre pour les libertés individuelles de la population.

Risques de contagion chez les 16–50 ans

Etudes et enquêtes montrent que c’est l’intense campagne de vaccination qui a permis de stabiliser la situation sanitaire. Pour la première fois depuis un mois environ, le nombre de personnes gravement malades est passé sous la barre des 1000. 86% des plus de 60 ans et 80% des plus de 50 ans ont reçu au moins une dose. En conséquence, les autorités observent une diminution de 58% des nouveaux cas, et de 38% du nombre de malades, chez les plus de 60 ans. Israël acquiert ainsi progressivement une meilleure protection contre l’infection.

Néanmoins, le Ministère de la santé met en garde contre l’ouverture incontrôlée de l’économie et le risque d’une propagation accélérée du variant britannique dans les écoles. Les moins de 16 ans peuvent en effet être infectés, sans pour autant être vaccinés, et le taux de vaccination de la tranche 16–50 ans demeure encore léthargique. 

La mise en place du « badge » vise donc à encourager cette partie de la population à aller se faire vacciner. Outre le problème de la désinformation en ligne, une part importante des moins de 50 ans se montre indifférente au vaccin, en particulier les plus jeunes, qui ne voient pas le danger du coronavirus. Les communautés arabe et surtout bédouine, soviétique et éthiopienne demeurent également réticentes.

Un argument de campagne 

Le succès de la lutte contre le Covid-19 sera pourtant au coeur de la quatrième campagne électorale en deux ans, le 23 mars prochain. Benjamin Netanyahou, fragilisé politiquement, se bat pour sa survie politique et sait déjà qu’il ne pourra pas compter sur une ouverture complète de l’économie, comme en Nouvelle-Zélande. Il lui reste quelques semaines pour enjoindre les récalcitrants à se rendre dans les centres de vaccination.

Le vaccin apparaît désormais comme son principal argument de campagne : dans toutes ses récentes apparitions publiques, le Premier ministre mentionne la réussite du projet de vaccination, et s’en attribue constamment le mérite.