La France, à la pointe de la transplantation d’organes

A premières reprises, la France a été pionnière en termes de greffes d'organes. (Pixabay License)

 

Un bébé est né après une greffe d’utérus pour la première fois en France. La prouesse médicale s’ajoute à la liste déjà bien fournie des avancées françaises majeures dans le domaine de la greffe.

 

“La mère et l’enfant vont bien”, a rassuré le chef de service chef de service de gynécologie-obstétrique de l’hôpital Foch, à Suresnes (Hauts-de-Seine). Vendredi 12 février, un bébé naissait à la suite d’une greffe d’utérus – la première française – dont avait bénéficié sa mère en mars 2019. Avec les États-Unis, la France fait figure de référence en matière de greffe d’organes, et est à l’origine de grandes innovations en chirurgie de transplantation.

 

1952 : première tentative de greffe rénale

La France entre tôt dans la pratique de la greffe. Au début du XXe siècle, le chirurgien Mathieu Jaboulay et son interne Alexis Carrel réalisent les toutes premières greffes de rein, à partir d’organes prélevés sur des porcs ou des chèvres. Cependant, aucun des receveurs ne survit.

En 1952, l’équipe du Pr. Jean Hamburger de l’hôpital Necker, à Paris, réalise la première greffe rénale à partir d’un donneur vivant. L’opération est un succès, mais le patient décèdera dans les jours qui suivent. Deux ans plus tard, c’est finalement l’Américain Joseph Murray, concurrent éternel d’Hamburger, qui réussit la première greffe rénale mondiale viable, sur des jumeaux monozygotes.

 

« Bicou », le miracle des greffés du cœur

Le cas Emmanuel Vitria fait figure d’exception dans l’histoire de la médecine. L’ancien représentant en vin établi un record mondial, en survivant dix-huit ans, cinq mois, et treize jours avec le cœur d’un jeune homme mort dans un accident de voiture au moment même où le quinquagénaire subit un anévrisme.

Mené par l’équipe du Pr. Edmond Henry, de la clinique Cantini, à Marseille, l’opération est la quatrième greffe française de cœur réussie. Affectueusement surnommé « Bicou », Emmanuel Vitria a la chance inouïe de bénéficier d’un greffon totalement compatible avec son organisme. Au moment de l’opération, en novembre 1968, la ciclosporine, un traitement préventif limitant les rejets de greffe d’organe, n’a pas encore été découverte et l’espérance de vie des patients est très limitée.

 

Denis Chatelier, 21 ans avec les mains d’un autre

Au début des années 2000, le Pr. Jean-Michel Dubernard, de l’hôpital Edouard-Herriot, à Lyon, réussi pour la première fois une greffe bilatérale des mains et des avant-bras. Son patient, Denis Chatelier, a été amputé des deux membres quatre ans plus tôt, après s’être blessé en manipulant une fusée artisanale.

Pendant 17 heures, dix-huit chirurgiens se relaient dans le bloc opératoire, épaulés par une cinquantaine de spécialistes internationaux. La même équipe avait réalisé la première greffe de main deux ans auparavant, sur un quadragénaire néo-zéolandais. L’opération fera polémique à la découverte du passé criminel du patient, recherché pour escroquerie.

 

Six mois sans visage

 “Avant la greffe, je n’étais plus rien”, a déclaré Isabelle Dinoire en 2009, dans les colonnes de Paris-Match. Admise en 2005 au CHU d’Amiens dans le service du Pr. Bernard Devauchelle, elle vient d’être défigurée par la morsure de son chien. Après six mois d’un attente vécue comme interminable, la Valenciennoise est la première à recevoir une transplantation partielle du visage réussie.

Quatre ans plus tard, le Pr. Laurent Lantiéri, le docteur Jean-Paul Méningaud, et le docteur Christian Dumontier, dirigent respectivement la première greffe simultanée du visage et des mains, à l’hôpital Henri-Mondor, de Créteil. Deux jours durant, plus d’une quarantaine de personnes se succèdent au chevet du jeune homme âgé de 30 ans, gravement brûlé après un accident.

 

La première greffe de la trachée au monde

En 2016 le monde médical assiste à la chute de la star italienne de la chirurgie, le Pr. Paolo Macchiarini, pionnier autoproclamé de la trachée bioartificielle. Il est renvoyé du prestigieux institut Karolinska, de Stockholm, pour mensonges, falsifications et négligences. Une série documentaire révèle les fautes graves du médecin, qui n’aurait par exemple jamais testé les bioprothèses sur des trachées d’animaux avant de les expérimenter chez l’homme. Sur les huit patients du chirurgien, sept sont décédés, et la trace du huitième a été perdue.

Deux ans plus tard, à l’hôpital Avicenne, de Bobigny (Seine-Saint-Denis), le Pr Emmanuel Martinod rattrape le scandale en signant la première greffe de trachée réussie, l’un des derniers organes qui résistait encore à la transplantation. Après vingt ans de recherches acharnées, le médecin et son équipe, réussissent à créer une bioprothèse, formée à partir d’un bout d’aorte, qui viendra se suppléer à la trachée malade. Cerise sur le gâteau, il n’y a pas d’obligation d’un traitement immunosuppresseur pour parer à un éventuel rejet, puisque la prothèse est biologique.