Mobilisation de deux parlementaires pour le rapatriement des enfants de djihadistes

PHOTO : Soldat américain surveillant une école en Irak. Crédits - AngieJohnston/Pixabay

 

"Qu’est-ce qu’on attend ? Qu’ils meurent de maladies ?" s’insurgent deux élus, ce mercredi 17 février, dans une lettre adressée à leurs collègues parlementaires. Le sénateur Pierre Laurent et le député de Lozère Pierre Morel-À-L’Huissier réclament le rapatriement immédiat de deux cents enfants français prisonniers en Syrie.

Le premier est communiste, le second se présente comme étiqueté LR-UDI, et précise “plus centriste que LR”. Presque aux antipodes de l’échiquier politique donc. Qu’importe, tous deux mènent de front le combat pour le rapatriement des enfants de djihadistes. Dans leur appel, ils alertent sur les conditions de détention “épouvantables” dans le Nord-Est de la Syrie. Ils affirment vouloir créer un “électrochoc” auprès de leurs confrères d’abord, d’Emmanuel Macron ensuite. “Si des parlementaires de toutes idéologies montent au créneau et disent au président de la République ‘Ça suffit’, je ne vois pas comment il pourrait ne pas se saisir de la question et arbitrer une bonne fois pour toutes”, estime Pierre Morel-À‑L’Huissier.

À ce jour, quelques centaines d’enfants français de djihadistes errent de prison en prison avec leur mère depuis qu’ils ont été capturés par les Kurdes, en Syrie. Deux ans que ces bambins sont retenus dans les camps de Roj et Al-Hol pour la plupart d’entre eux. D’autres, arrêtés avant la défaite de Daesh, y croupissent depuis trois ans déjà. “Ils sont en train de mourir. On ne peut pas se taire. Nous devons les protéger”, clament-ils.

“Il faut monter le ton, augmenter la pression”

Prise de parole publique, rencontre à l’Elysée ou lettre ouverte, les deux parlementaires cherchent en vain à faire entendre leur voix. “Officiellement, le président de la République énonce depuis au moins deux ans une seule doctrine, le rapatriement ‘au cas par cas’, sans que les critères ne soient très clairement établis”, dénoncent-ils. En presque deux ans, trente-cinq enfants ont été choisis par le gouvernement pour être rapatriés. Soit car le Quai d’Orsay avait estimé qu’ils étaient « particulièrement vulnérables », soit parce que leurs mères ont accepté de se séparer de leurs enfants.

Un “cas par cas” que critiquent d’une même voix Pierre Laurent et Pierre Morel-À-L’Huissier. À leurs yeux, tous les enfants français retenus dans les camps du Kurdistan syrien sont aussi fragiles les uns que les autres. “Si nous continuons à cautionner le silence coupable de l’exécutif par inertie, alors nous serons les parlementaires qui ont laissé mourir des enfants innocents », écrivent-ils. Pour eux, le temps est donc venu de « monter le ton, augmenter la pression » auprès de leurs collègues.

Si le sujet fait débat depuis longtemps en France, l’ONU, l’Unicef et la Croix-Rouge ont tranché. Pour eux, ces enfants sont considérés comme des victimes de guerre. L’ONU a même appelé la France, début février, à rapatrier immédiatement ses ressortissants détenus dans les camps. De quoi redonner espoir aux familles meurtries par le départ de leur enfant en Syrie.