Pourquoi la série En Thérapie nous fait-elle autant de bien ?

Légende : La série En thérapie met en scène le chemin que parcourent six patients du Docteur Dayan (Frédéric Pierrot), au lendemain des attentats du 13 novembre 2015. SOURCE : Crédits Arte.tv

La série d’Arte En thérapie sortie à la fin du mois de janvier cumule plus de 18 millions de vues en ligne. Pourquoi sommes-nous si accros aux patients du Docteur Dayan ?

Venir chez le psychiatre Philippe Dayan, c’est accepter de laisser à la porte le monde extérieur. Le portable doit être en mode avion et, à l’exception des thérapies de couples, les séances sont individuelles. Dans son cabinet, ce thérapeute voudrait que l’on se sente comme dans un cocon. Alors certes, son imposante bibliothèque lui donne peut-être un air supérieur mais au moins, on sait qu’on est face au meilleur. C’est d’ailleurs pour cela qu’Adel Chibane, un flic d’une trentaine d’années, a décidé de le rencontrer. Traumatisé par son intervention au Bataclan le soir des attentats, il attend de Dayan qu’il le remette sur pied rapidement. Un travail auquel le duo s’attèle pendant les 35 épisodes de la série : Adel, complexe, touchant, évolue avec le spectateur tout au long de la thérapie. Comme lui, Ariane, Camille, Damien et Léonora s’en remettent au docteur pour, enfin, aller mieux. 

La crise sanitaire aurait pu nous donner envie de partir à l’aventure et de s’évader à travers la culture. Pourtant, avec En Thérapie, c’est l’introspection qui nous séduit. Disponible en intégralité sur la plateforme numérique Arte.tv depuis le 28 janvier, la série réalisée par le duo Toledano-Nakache cumule déjà plus de 18 millions de vues. Un succès d’audience historique pour la chaîne franco-allemande. Le casting composé de Pio Marmaï, Mélanie Thierry, Reda Kateb ou encore Carole Bouquet y est forcément pour quelque chose. On soupçonne également la courte durée des 35 épisodes d’être derrière de ce succès. Vu leur charge émotionnelle, c’est sûrement mieux ainsi. Mais ce qui séduit surtout dans cette adaptation de la production israélienne BeTipul, c’est son côté apaisant.

Penser notre résilience

En Thérapie suit sur deux ou trois mois l’évolution de cinq patients, dans l’après-Bataclan. Tous ont été touchés de près ou de loin par les attentats et y font référence au cours de leur analyse. La série évoque une période douloureuse sans être déplacée. Pas de cris, pas de foule, juste les émotions confuses du lendemain. “J’aime que ces événements soient présents en toile de fond. Ce n’est ni intrusif, ni voyeuriste”, confie Manon, chercheuse en philosophie politique. “Les réalisateurs ont réussi à montrer que, peu importe qui nous étions, où nous étions et ce que nous faisions, ce qu’il s’est passé le 13 novembre nous a tous touchés de loin ou de près”, ajoute Colombe, 22 ans. Cinq ans après ces événements, En Thérapie agit comme un pansement, tout en pudeur.

Alors que nous sommes plongés dans une toute autre crise, celle du Covid-19, cette série nous permet également de penser notre résilience. “J’ai compris qu’il fallait que je prenne le temps de m’occuper de moi”, reconnaît ainsi Thomas, après avoir dévoré la série en une semaine. “Je vis mal cette période et la série m’a convaincu que ce n’était pas anodin. Que ma santé mentale avait de l’importance.” Dans quelques jours, le jeune homme effectuera sa première séance chez un psychothérapeute. Reste à savoir si celui-ci sera aussi convaincant que Philippe Dayan. “J’espère au moins que les discussions seront moins agitées que dans la série”, sourit-il.

Le réconfort d’une “série-doudou”

Tous les téléspectateurs ne se sentent pas prêts à toquer à la porte d’un psy. Certains, comme Carmen, n’en ont même pas du tout envie. Pourtant, à bientôt 80 ans, cette ancienne visiteuse de prison reste captivée par les histoires des personnages de la série. Elle vit seule et ne sort plus beaucoup, alors la série lui offre un grand réconfort. “Je ne crois pas vraiment à la psychanalyse mais je retrouve dans les épisodes ce côté plaisant où je peux écouter les gens”, explique-t-elle. Carmen est particulièrement touchée par le cas d’Ariane, patiente tombée amoureuse de Philippe Dayan. “J’aime sa spontanéité et la vérité qu’elle décrit. Je me couche même plus tard que d’habitude pour savoir comment va évoluer leur relation”, s’esclaffe-t-elle.

Même réaction du côté de Manon, à deux doigts, elle aussi, du transfert amoureux. “Je regardais beaucoup la série avant de dormir et ce psy est devenu mon doudou. Il y a quelque chose de très touchant dans son regard”, souffle-t-elle. Dans le cabinet du Docteur Dayan, on redécouvre les charmes de la présence, de l’écoute et du lien, dans une période qui en manque cruellement.  Si la fin du couvre-feu paraît loin, désormais, les âmes tourmentées savent vers qui, ou plutôt quoi, se tourner : leur petit écran ou leurs ordinateurs. La série est disponible jusqu’en juillet sur Arte.tv et diffusée tous les jeudis soirs à 20h55 sur Arte.