Stupeur des universitaires après les annonces de Frédérique Vidal sur “l’islamo-gauchisme”

Frédérique Vidal a également désigné le "postcolonialisme" comme l'un des sujets de l'enquête, répondant à une question de la député Bénédicte Taurine - Photo Creative Commons || Crédits : Ecole Polytechnique

 

 

La Conférence des présidents d’université dénonce la confusion” de la ministre de l’Enseignement supérieur, qui a annoncé l’ouverture d’une enquête sur l’islamo-gauchisme” à l’université dimanche dernier. Le hashtag #VidalDémission était repris hier soir et ce matin sur Twitter par de nombreux chercheurs.

Une polémique stérile”, basée sur une pseudo-notion” popularisée par “l’extrême-droite”. Dans un communiqué daté du 16 février, la Conférence des présidents d’université (CPU) fait part de sa stupeur” suite aux propos de Frédérique Vidal, sur “l’islamo-gauchisme” à l’université. La ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche avait déclaré le 14 février sur CNews, puis lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale le 16 février, vouloir lancer une enquête sur “l’islamo-gauchisme” à l’université. Elle serait menée par l’Alliance Athéna (une instance de coopération et de concertation en sciences humaines et sociales) et le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). Des annonces qui choquent le monde universitaire.

La forme de l’enquête questionne les présidents d’université. Pour la CPU, l’évaluation des chercheurs ne fait nullement partie des missions du CNRS. Les présidents d’université dénoncent une instrumentalisation du prestigieux centre de recherche. De même, l’Alliance Athéna, citée par Frédérique Vidal, n’a pas vocation à mener des enquêtes, mais des études. Le président de cette alliance, Jean-François Balaudé a confirmé au Monde n’avoir été saisi d’aucune demande.

Le fond inquiète aussi. La CPU s’inquiète pour “la liberté académique” et “la liberté de recherche”. Certains chercheurs, comme Eric Fassin, spécialiste français des rapports de race, redoutent que l’enquête crée une “chasse aux sorcières”  à l’université. Autre élément pointé par le monde académique : la notion d’islamo-gauchisme” manque d’une définition claire. La section de la Ligue des Droits de L’Homme de l’Ecole des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) décrit dans un communiqué un terme aussi infamant qu’imprécis”.

Le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer avait créé la polémique en octobre dernier, lorsqu’il avait évoqué, après l’assassinat de Samuel Paty, les ravages” de l’islamo-gauchisme” à l’université. La CPU s’était défendue : Non, les universités ne sauraient être tenues pour complice du terrorisme”. Cette fois-ci, le monde universitaire passe à l’offensive. La Ligue des Droits de L’Homme de l’EHESS demande la démission de la ministre, tout comme l’économiste Thomas Piketty, le sociologue Frédéric Sawicki, et bon nombre d’autres chercheurs et chercheuses sous le hashtag #VidalDémission sur Twitter. Une crise de confiance entre l’Université et sa ministre de tutelle commence.