Vélib à Paris

Tarifs des Vélib’ en hausse : “Si le service s’améliore, alors d’accord ! »

Légende : Les tarifs des Vélib' à assistance électrique vont augmenter en mars prochain. SOURCE : Crédits : Poline Tchoubar.

 

Alors que les tarifs des Vélib’ électriques vont augmenter en mars, les usagers peinent encore à trouver des vélos fonctionnels dans les stations.

« C’est le sixième sur lequel j’appuie, aucun ne marche,» soupire Astrid en essayant plusieurs Vélib’ à la borne de vélos libre-service place de la Bastille à Paris. La jeune fille scrute leurs écrans gris, dont certains émettent un “bip” de mauvais augure. “Je prends plutôt des bleus quand je peux, mais c’est rare d’en trouver qui fonctionnent”, explique-t-elle.

Les bleus, ce sont les vélos à assistance électrique. Leur tarif va augmenter en mars prochain pour sauver l’opérateur, Smovengo, de ses difficultés financières. Astrid n’est pas opposée à une augmentation des tarifs : “Si le service s’améliore, alors d’accord. Huit euros par mois, ce n’est pas grand-chose par rapport au prix du pass Navigo,” concède-t-elle. “Par contre, s’ils doublent le prix, je préfère m’acheter un vélo !”

Les Vélib’ à assistance électrique sont particulièrement prisés des Parisiens : ils représentent 60% des trajets, alors qu’ils constituent moitié moins de la flotte de vélos (35%), a confié Sylvain Raifaud, président du Syndicat Autolib’ Vélib Métropole (SAVM) au Parisien. Leur surutilisation et le coût élevé de leur maintenance font partie des raisons qui ont valu à Smovengo l’obtention d’une rallonge de 4 millions d’euros sur trois ans de la part des collectivités, dont une partie sera financée par une hausse des tarifs pour les utilisateurs.

À la station Vélib’, plusieurs livreurs à vélo avec leurs sacs à dos bleus attendent leur prochaine course, en jetant des regards sur leurs téléphones. Zaki, 24 ans, n’utilise que les vélos électriques pour son travail, pour pouvoir effectuer les livraisons plus vite : “j’utilise les Vélib’ depuis deux mois, et c’est rare d’en trouver un qui marche,” déplore-t-il.

Même constat de la part de M. Desnoux, 61 ans : “Parfois, il manque une pédale ou la chaîne, ou bien il n’y a plus de freins. Le plus fréquent, c’est l’assistance électrique qui ne marche pas. Il arrive aussi qu’on se rende compte au bout de quelques mètres que la mécanique du vélo fonctionne mal”. Utilisateur depuis la création du service en 2007, il a trouvé quelques techniques pour trouver un vélo fonctionnel : “Je fais un test avant de partir, je donne un petit coup de pédale, explique-t-il. Ou quand quelqu’un vient de remettre son vélo, je lui demande s’il était bien”.

Victor, 24 ans, utilise la technique de la selle renversée : “Quand la selle d’un vélo est à l’envers, ça veut dire qu’il est soit cassé, soit déchargé. Mais des fois, ce sont des tricheurs qui mettent leur selle à l’envers pour garder leur vélo le temps d’aller faire une course”, ironise-t-il. Il reste optimiste quant à la qualité du service : “Franchement, il y a toujours au moins un vélo qui marche sur une borne.” Avant d’abandonner le vélo qu’il était en train d’essayer de déverrouiller car … il ne marchait pas.

Une autre stratégie : prendre des Vélib’ verts, sans assistance électrique. Denis, 59 ans, n’utilise que ceux-là : “je n’ai pas de problèmes pour trouver des vélos qui fonctionnent. Ça a été la galère pendant six mois au début quand ils ont changé d’opérateur, mais depuis ça va mieux.” Lorsque la start-up Smovengo avait pris la succession de l’opérateur historique JCDecaux en 2018, les abonnés avaient dû faire face à des stations fermées, des vélos en panne et des bugs en cascade. “Je vais me réabonner même si le prix augmente, car ça reste peu cher,” conclut-il.

Smovengo n’a pas encore communiqué sur cet accord, qui devrait être entériné jeudi 18 février. Les collectivités, qui financent un contrat de base de 40 millions par an, devraient ajouter 2,5 millions d’euros supplémentaires. En contrepartie, Smovengo s’est engagé à réduire de 30% le coût de revient d’un vélo au kilomètre parcouru d’ici 2023, et à améliorer la qualité de service. L’entreprise était déjà au bord de la faillite au printemps : affichant une perte de 80 millions d’euros en trois ans, elle a pu bénéficier d’un prêt garanti par l’État à hauteur de cinq millions d’euros.