Trump contre McConnell, la guerre est déclarée chez les républicains

Photo : JamesDeMers

 

 

Donald Trump a publié mercredi un communiqué incendiaire à l’égard du chef des républicains au Sénat qui l'accuse d’être "responsable" de l'assaut meurtrier du Capitole.

“Mitch est un politicien renfrogné, maussade […] et si les sénateurs républicains restent avec lui, ils ne gagneront plus.“Avec ces mots, adressés au chef des républicains au Sénat, Donald Trump donne le ton d’un divorce retentissant. L’ancien président des États-Unis, privé de Twitter pour s’exprimer, s’est fendu d’un communiqué cinglant pour attaquer Mitch McConnell. Son ancien allié l’accuse en effet d’être “responsable” de l’assaut meurtrier du Capitole. Par la même occasion Donald Trump marque une division avec la frange du parti républicain qui ne rentre pas dans ses rangs. 

“Le Parti républicain ne pourra plus jamais être respecté ou fort avec des ‘dirigeants’ politiques comme Mitch McConnell aux commandes”, a insisté le président sortant dans son communiqué. Donald Trump impute au sénateur la perte choc de la majorité républicaine au Sénat, en janvier. Une responsabilité que d’autres leaders républicains prêtent au contraire à Trump, qui aurait sapé la participation de ses électeurs aux sénatoriales cruciales de début janvier. Il dénonçait pendant des mois, sans apporter de preuves, des “fraudes [électorales] massives” pour la présidentielle.

“Trump a mis en place un règne par la terreur caractérisé par des attaques personnelles, certains républicains ont peur de lui”, analyse Aurore Portet. Pour la spécialiste des États-Unis à Sciences Po Lyon, “Il a de nombreux atouts en main : son électorat, de l’argent et le Congrès se renouvelle tous les deux ans, ce serait trop risqué de se mettre à dos Donald Trump,” et une division nette du parti n’est pas encore d’actualité.

Sept républicains ont voté pour destituer Trump

C’est au lendemain de ces sénatoriales, le 6 janvier, que des milliers de manifestants, pro-Trump, stimulés par l’ancien chef d’État, s’étaient lancés à l’assaut du Capitole où était certifiée l’élection de Joe Biden. L’émeute a fait cinq morts. Accusé par les démocrates d’ “incitation à l’insurrection”, Donald Trump a été jugé la semaine dernière au Sénat pour ces faits dans un procès historique. 

Samedi, le 45e président des État-Unis a échappé une nouvelle fois à la destitution. Les sénateurs ont été une majorité — 57 sur 100 — à se prononcer pour sa condamnation, mais pas assez pour l’inculper. Les deux tiers de la chambre haute étaient nécessaires. Fait sans précédent, sept républicains sur 50, ont voté pour destituer leur ancien président. Mais Donald Trump reste immensément populaire dans son camp : les trois quarts des électeurs de son parti veulent qu’il continue à jouer “un rôle de premier plan” dans le parti, selon un sondage de l’Université Quinnipiac publié lundi.

Jeu d’influence

“C’est essentiellement un jeu d’influence pour savoir quelle idéologie perdurera à la tête du parti républicain”, pour Aurore Portet le nombre de républicains réticents à Trump n’est pas encore assez important pour qu’une réelle scission s’opère. “Qui des républicains modérés ou de Trump partira humilié ? Pour l’instant ce sont plus les modérés qui se plient aux remontrances de Donald Trump.” D’autant que la solution de créer un autre parti est très complexe et hors de prix dans le système américain.

Dans ce jeu d’influence, Donald Trump tente de continuer à exister sur la scène politique et médiatique. Pour ce faire, l’ancien président à créé fin janvier un bureau de l’ancien président en Floride. Une administration d’opposition qui lui permet d’émettre des communiqués et conserver une voix malgré la clôture de son compte Twitter. Une première aux États-Unis.