Aéronautique : une industrie Airbus-dépendante ?

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En France, la filière aéronautique représente plus de 300 000 emplois, répartis en plus de 1 300 entreprises de tailles très variables. Lorsqu'Airbus réduit sa cadence de production comme en 2020, c'est une myriade de sous-traitants qui sont les premiers touchés. 

“Airbus sauve la casse” pouvait-on lire dans la presse à la publication des résultats de 2020 de l’avionneur européen. En limitant la perte de chiffre d’affaire à 29% par rapport à l’année 2020, le groupe se sort mieux que prévu de la plus dure année dans l’histoire de l’aviation commerciale.

Au delà du géant européen, toute une filière

Si Airbus a su limiter les réductions d’effectifs à quelques 5 000 départs volontaires, il y a tout un secteur qui ne vit pas aussi bien la crise : la sous-traitance aéronautique. La filière emploie une personne sur cinq dans la région Occitanie, et près de 300 000 en France. Ces petites entreprises dépendent en grande partie de l’avionneur européen qui a ralenti sa cadence de production de 40%, mais aussi l’américain Boeing, en grandes difficultés (15 000 suppressions de postes). Durant la crise, un mot d’ordre : “il fallait tenir pour conserver nos capacités en attendant la reprise d’un rythme plus normal”, explique Christophe Cador, président du comité Aéro-PME du Groupement des Industries Françaises Aéronautiques et Spatiales.

Des villages entiers dépendent de l’industrie

A Figeac, ville du Lot où de multiples sous-traitants sont installés, le maire ne cache pas son inquiétude. “Figeac Aerospace emploie 1200 personnes sur son site. Si le groupe, américain, avait décidé qu’il n’y avait plus d’espoir, ç’aurait été dramatique pour la ville” explique André Mellinger. “Mais c’est passé, et maintenant, on espère aller vers le mieux” ajoute-t-il.

Profiter des prêts garantis par l’Etat pour s’endetter ou licencier : des choix difficiles

Le secteur s’en est donc sorti en limitant les licenciements mais en s’endettant dangereusement, comme le montre un rapport de novembre 2020 du Sénat, surtout dans les sections recherche et développement, essentielle pour que la filière reste aussi compétitive à l’export qu’elle l’était. “Les pertes d’emplois sont assez importantes pour certaines entreprises en région Aquitaine, mais c’est à court terme. Ce sont des emplois qui pourraient vite revenir au redémarrage de l’industrie” ajoute Christophe Cador. L’entreprise dont il est président, Satys, a par exemple fait pour 40 millions d’euros d’investissements dans de nouvelles infrastructures à Blagnac alors que sa filiale câblage électrique compte réduire sa masse salariale. Il reste serein quand à l’avenir de la filière.

La diversification comme atout clé

Heureusement, certains secteurs restent porteurs : les ventes d’avions de combat (Typhoon) se maintiennent pour Airbus, tout comme la division hélicoptères et espace qui ont été moins touchées par la crise. Touchant souvent à l’électronique de pointe, les sous-traitants peuvent aussi compter sur le marché du ferroviaire pour se reconvertir au besoin. Dans tous les cas, Airbus bénéficie d’une situation idéale sur le marché après la crise du 737MAX chez Boeing et profite d’un carnet de commande garanti à 10 ans. Mais l’avionneur européen prévoit livrer autant d’appareils en 2021 qu’en 2020, ce qui induit de maintenir une cadence réduite un an de plus pour toute la filière.