Australie : Facebook bloque le partage de contenus d’actualité

Une loi actuellement débattue au Sénat australien a mené Facebook à interrompre la diffusion d'articles sur sa plateforme. SOURCE : Unsplash, Thoughtcatalog.

Facebook a bloqué le partage d'articles de presse australiens le 17 février. Dans son viseur : un projet de loi visant à rémunérer les médias nationaux diffusant leurs contenus sur la plateforme. Une décision radicale, lourde de conséquences pour les Australiens.

Les Australiens se sont réveillés avec un Facebook bien vide le 18 février au matin : plus aucun contenu d’actualité n’est visible sur la plateforme. “Aucune publication”, affiche le réseau social sur les pages des médias nationaux en ligne, quelque soit l’endroit du monde où ils sont consultés.

Il ne s’agit pas d’un bug. C’est bien Facebook qui a décidé de couper l’accès à ces contenus. En cause : un projet de loi imposant un code de conduite astreignant aux géants du numérique. Le texte — adopté par la Chambre des représentants australienne et en cours de discussion au Sénat — vise à contraindre les plateformes de diffusion à rémunérer les médias pour les contenus qu’ils utilisent. Un coût estimé à 407 millions de dollars australiens par an.

« Nous faisons face à un choix désagréable : essayer de nous conformer à une loi qui ignore les réalités de la relation [entre le réseau et les médias], ou bien cesser d’autoriser les contenus informatifs sur nos services en Australie. Avec le cœur lourd, nous choisissons la deuxième option. ” 

Communiqué de presse publié par Facebook le 17 février

Une réaction radicale, alors que Google s’est déjà engagé à verser des droits de diffusion à plusieurs organes de presse australiens. L’entreprise Facebook s’oppose au projet de loi car elle considère qu’elle ne doit rien aux médias.  Elle prétend que si les médias sont publiés sur sa plateforme, cela relève de leur propre choix, contrairement au moteur de recherche qui répertorie les articles sans obtenir l’aval des médias.  Le réseau social argue aussi que le traffic généré par des contenus d’informations génère peu de revenus : “les actualités représentent moins de 4% du contenu que les internautes voient dans leur fil d’actualité.”

La décision est  lourde de conséquences pour les utilisateurs, qui ne peuvent plus s’informer sur le réseau social. La coupure touche les médias d’information, mais aussi des services gouvernementaux aidant la population en cas d’urgence : service de secours, informations de prévention des incendies et inondations, notifications concernant la pandémie de Covid-19, prévention des violences conjugales…  L’ONG Human Right Watch a pointé du doigt dans un communiqué un “tournant inquiétant dangereux de la situation”. Dans son communiqué, Facebook déclare que ces services ont été “impactés par inadvertance” et promet de les rétablir, sans toutefois donner de délai.

L’inquiétude plane à trois semaines d’un scrutin législatif. Tous les candidats ne sont pas traités à la même enseigne par le réseau social selon Blake Johnson, journaliste à 7News Melbourne, qui craint une élection sans accès équitable à l’information.

En outre, certains utilisateurs redoutent de voir les contenus de désinformation prendre de plus en plus d’importance dans leur fil d’actualité, au détriment d’articles écrits avec sérieux.

Le ministre australien des finances Josh Frydenberg a dénoncé des mesures “inutiles et brutales” du mastodonte du numérique qui vont “nuire à sa réputation” en Australie. En négociation avec Facebook pour trouver un accord de sortie de crise, il se dit toujours déterminé à soutenir le projet de loi controversé.