Bélarus : deux journalistes condamnées à deux ans de prison pour un live stream

Manifestation contre Lukashenko. SOURCE : Homoatrox (Wkipedia). 20 septembre 2020.

 

Les journalistes biélorusses Daria Tchoultsova et Katerina Bakhvalova ont été condamnées le 18 février pour « atteinte à l’ordre public » après avoir diffusé en direct des images de manifestations contre le président Loukachenko en novembre 2020.

Elles ont réagi au verdict avec un sourire, montrant un V de la victoire avec leurs mains. Daria Tchoultsova et Katerina Bakhvalova ont pourtant été condamnées à deux ans de prison ferme par un tribunal de Minsk. Les correspondantes de la chaîne d’opposition bélarusse Belsat, basée en Pologne, ont été arrêtées le 15 novembre 2020. Elles étaient alors en pleine diffusion d’un live stream couvrant une manifestation d’hommage à Roman Bondarenko. Ce militant de l’opposition était mort quelques jours plus tôt, après une arrestation musclée.

Le procureur accuse les deux journalistes de 23 et 27 ans d’avoir, via leur reportage, “organisé, préparé ou participé à des actions portant gravement atteinte à l’ordre public”.

“J’ai montré ces événements à l’antenne, et on me jette en prison pour ça, en fabriquant des accusations”, s’est indigné Katerina Bakhvalova lors de son procès. L’avocat des deux journalistes, Sergei Zikratsky, a déclaré à Deutsche Welle que ses clientes allaient faire appel de la décision.

“Le monde doit voir la terreur d’État”

À la sortie de l’audience, le mari de Katerina Bakhvalova a confié au site d’informations biélorusse Onliner.by que son épouse et lui “n’avaient pas d’illusions” quant à la décision du tribunal. La mère de Daria Tchoultsova a regretté le verdict, prononcé le jour de l’anniversaire de sa fille : “Elle ne fêtera pas [son anniversaire] à la maison. Pourtant, j’espérais vraiment qu’elle pourrait le faire.”

La candidate de l’opposition Sviatlana Tsikhanouskaya a quant à elle vivement réagi à leur condamnation sur Twitter : “Racontez à vos amis ce qu’il se passe au Belarus. Le monde doit voir le non-droit et la terreur d’État de Loukachenko.”

30 000 manifestants arrêtés

Selon l’AFP, une série de 90 perquisitions ont encore visé cette semaine une vingtaine de journalistes, de militants associatifs et de responsables syndicaux au Bélarus, dans le cadre d’une enquête sur le financement et l’organisation des manifestations de 2020.

Le 17 février était également donné le coup d’envoi du procès de Viktor Babariko à Minsk. L’homme d’affaires avait tenté de présenter sa candidature à l’élection présidentielle de 2020. Accusé de corruption, il risque jusqu’à 15 ans de prison.

Depuis la réélection contestée d’Alexander Loukachenko en août 2020, une vague inédite de manifestations secoue le pays. Une contestation violemment réprimée par la police — 30 000 personnes arrêtées - que le président au pouvoir depuis 26 ans impute à des puissances étrangères, les qualifiant de “Biltzkrieg” occidental.