Chez Air France-KLM, des aides publiques mais des postes en moins

Photo Creative Common - Pixhere

 

 

Avec des résultats en chute libre pour l’année 2020, la compagnie aérienne a reçu depuis le début de la crise sanitaire d’importantes aides de la part de ses principaux actionnaires : la France et les Pays-Bas. Non sans quelques contreparties.

7,1 milliards de pertes. En un an, la pandémie de coronavirus a plombé le secteur de l’aéronautique, la compagnie franco-néerlandaise avec. “Un impact sans précédent” sur les finances d’Air France-KLM explique en conférence de presse son directeur financier, Frédéric Gagey. Dès le début de la crise, en France et aux Pays-Bas, les gouvernements ont saisi l’ampleur du problème, octroyant des prêts directs ou garantis au groupe, pour un total de 10,4 milliards d’euros. Une somme non négligeable obtenue au prix d’une partie des emplois.

“C’est clair, il n’y a pas eu de la part de l’État un message disant ‘on vous prête de l’argent et il y a zéro licenciement’”, résumé Christophe Dewatine, secrétaire général de la CFDT Air France. Et pour cause, l’objectif implicite de l’État était de faire “revenir [Air France KLM] à un équilibre financier à la hauteur de ses concurrents : la Lufthansa et British Airways, à l’issue de la crise”, ajoute le représentant syndical. Une contrepartie qui s’est traduite par la mise en place d’un plan de restructuration.

10% des effectifs du groupes affectés

Environ 10% des effectifs du groupe sont affectés, soit 7300 suppressions d’emplois. Si suppression d’emplois ne signifie pas directement départ contraint, le risque est bien là. “A Air France, on n’en est pas à notre premier plan de départ volontaire, se souvient Christophe Dewatine.  Mais c’est un des premiers où la menace en dernier recours, c’est d’aller au licenciement.” Tous les postes sont touchés, des personnels au sol jusqu’au pilotes. “360 pilotes sont partis, entre mai dernier et la fin de l’année, souligne Marie-Claude Amphoux, du Syndicat National des Pilotes de Ligne (SNPL). C’est déjà une part du plan de restructuration.” 

Pour Marc Ivaldi, professeur à la Toulouse School of Economics, si l’État a demandé une restructuration de la compagnie, c’est “parce qu’en tant qu’actionnaire, on ne peut pas remettre de l’argent si l’on n’est pas sûr d’être rentable”. La solution selon lui pour que ces prêts garantis ne soient pas considérés comme des subventions. “Du point de vue du droit la concurrence, l’objectif est que l’entreprise soit la plus efficace possible pour un meilleur produit et un meilleur prix”, poursuit l’économiste.

“Couper quelques branches” pour “sauver l’arbre”

Face à la pandémie de Covid-19 et à ce plan de restructuration, qui doit durer jusqu’au 15 avril, du côté du SNLP, on philosophe. “En éliminant les sureffectifs, vous sauvegardez l’entreprise et vous finissez par maintenir de l’emploi, soutient Marie-Claude Amphoux. Un peu comme l’arbre qui serait malade : pour pouvoir le sauver, il faut quand-même couper quelques branches”.

Après presque un an de crise, la marge de manœuvre s’est réduite pour les syndicats. ” Quand il y a de l’argent public, on est toujours pour maintenir l’emploi, explique Christophe Malloggi, secrétaire général de FO chez Air France. Mais tant que l’activité ne repart pas, c’est difficile de monter au créneau, alors au niveau emploi, ça dépendra de l’activité.”

Une recapitalisation, c’est-à-dire la transformation des prêts garantis en actions, serait actuellement à l’étude. Pourrait-on cette fois imaginer des contreparties sociales de maintien de l’emploi ? Cela ne semble pas à l’ordre du jour. Côté hollandais, “des efforts de productivité et des efforts de la part des salariés avaient été demandés, la France va peut-être faire pareil, s’interroge Christophe Malloggi. Dans tous les cas, ce sera compliqué pour nous alors qu’on vient de faire un plan qui supprime plus de 7000 emplois.”