Birmanie : des hackers et des “voitures en panne” contre les putchistes

Des appels à la rébellion ont continué d’être lancés en Birmanie malgré le durcissement de la répression par la junte - Crédit : Arget on Unsplash

 

 

Alors que des sites gouvernementaux ont été pris pour cibles jeudi par des hackeurs opposés au coup d'État militaire, les Birmans se mobilisent aussi dans la rue. L’armée a coupé l’accès à Internet pour la quatrième nuit consécutive.

La riposte s’organise. Des pirates informatiques birmans, “Les Hackers de Birmanie”, ont attaqué jeudi 18 février des sites Internet liés au gouvernement militaire. La Banque centrale, mais aussi la page de propagande de l’armée birmane, la chaîne de télévision d’État MRTV, l’autorité portuaire et l’agence des produits alimentaires et des médicaments ont été fortement perturbées.

Juste après ces attaques, jeudi matin, une opération “voitures en panne” a par ailleurs créé un gigantesque bouchon dans les rues de Rangoun, la plus grande ville de Birmanie. Les propriétaires ont abandonné leurs voitures, taxis, autobus sur la chaussée, feignant une panne, pour bloquer les blindés de l’armée, incapable dès lors d’accéder au centre-ville où se déroulent des rassemblements pro-démocratie. “Nous protestons car nous sommes des citoyens respectueux et nous voulons nous débarrasser de la dictature militaire”, déclarait la chauffeure de camion Phoe Thar, à l’AFP jeudi.

“Relâchez notre leader !”

La veille, mercredi, a d’ailleurs eu lieu une manifestation très suivie dans tout le pays. Plusieurs dizaines de milliers de personnes se sont mobilisées pour s’opposer au coup d’État militaire qui a renversé le gouvernement d’Aung San Suu Kyi au début du mois. “Relâchez notre leader !” — la Prix Nobel de la Paix 1991 est assignée à résidence depuis le 1er février -, “Combat pour la démocratie !” ou encore “Rejetez le coup d’État !” pouvait-on lire sur des pancartes notamment à Naypyidaw, la capitale administrative et Rangoun. Selon les observateurs, aucun affrontement violent n’a eu lieu entre manifestants et forces de l’ordre.

La protestation s’est déplacée sur le net. Pour les pirates, leur action s’apparente à une “manifestation de masse devant les sites web du gouvernement”. “Nous nous battons pour la justice en Birmanie”, ont-ils déclaré sur leur page Facebook.

Des airs de déjà vus

Après les manifestations populaires, une sorte de couvre-feu sur Internet a été instauré pour la quatrième nuit consécutive : la capacité de trafic a été réduite à 21 % du niveau habituel, selon NetBlocks, un site qui surveille les pannes d’Internet dans le monde.

Depuis le coup d’État du 1er février, les militaires ne cessent de durcir la répression.  Ce putsch a mis fin à une fragile transition démocratique d’à peine 10 ans :  les représailles ont des airs de déjà vus, le pays ayant déjà passé 50 ans sous le joug des militaires depuis son indépendance en 1948.

Plus de 450 personnes ont été arrêtées depuis leur prise de pouvoir, selon une ONG d’assistance aux prisonniers politiques. Parmi elles, plus de 400 sont encore derrière les barreaux.  On craint aujourd’hui un regain des violences, alors que les Nations Unis ont déclaré mercredi soir avoir été informées de l’envoi de soldats vers Rangoun.