Crise de l’aérien : le secteur veut croire en un chaos passager

Le début de l'année 2021 est "difficile", avec une visibilité "limitée" sur la reprise, selon un communiqué d'Air France. Skitterphoto / Pixabay

 

Les bilans 2020 d’Air France, Airbus et du groupe ADP sont tombés. Les pertes se chiffrent à plusieurs milliards d'euros. Malgré tout, certains chercheurs se montrent optimistes quant à l’avenir du secteur aérien.

Une perte de 7,1 milliards pour Air France, d’1,1 milliard pour Airbus et d’1,7 milliard pour Aéroports de Paris (ADP). Alors que les bilans tombent, plus alarmants les uns que les autres, Paul Chiambaretto relativise. “Le trafic va repartir, estime ce spécialiste du transport aérien et professeur à la Montpellier Business School. Ces chiffres confirment simplement que 2020 a été une année difficile pour le secteur.”

Le trafic aérien s’est effondré de 66% l’an passé. Provocant “la crise la plus grave jamais connue par l’industrie du transport aérien”, selon le directeur général d’Air France Ben Smith. “C’est une crise à laquelle le secteur n’était pas du tout préparé”, concède Isabelle Laplace, chercheuse en économie à l’École Nationale d’Aviation Civile (ENAC).

Mais l’activité pourrait reprendre très vite, dès que les frontières rouvriront. “Pour en avoir parlé avec Air France et Air Caraïbes lors de tables rondes, c’est un point qui fait consensus”, assure Paul Chiambaretto, prenant pour exemple l’envolée des réservations lors des vacances de Noël et d’été. Une tendance également appuyée par la dernière étude de la Chaire Pégase, dédiée à l’économie et au management du transport aérien, dont il est président.

Celle-ci montrerait que que 61% des Français comptent prendre l’avion dans les 12 prochains mois. “C’est presque autant que ceux qui avaient pris l’avion en 2019 (63%)”, souligne le spécialiste. Marc Ivaldi, président de l’Association internationale des économistes du transport, rappelle que la tendance a été aux économies durant la crise. “Dès que les gens retrouveront la possibilité de voyager, ils le feront”, veut-il croire.

“Voir plus loin que 2021”

En attendant, le début de l’année 2021 est “difficile”, avec une visibilité “limitée” sur la reprise, mesure Air France dans un communiqué, justifiant l’annonce de 6 000 suppressions de postes équivalents temps plein “dans les années qui viennent”. Ces destructions de postes s’ajoutent aux 8 700 supprimés en 2020, représentant déjà 10% des effectifs de la compagnie.

“La reprise complète du trafic est soumise au contrôle de l’épidémie niveau mondial, temporise Marc Ivaldi. Il faut voir plus loin que 2021, et attendre que le vaccin arrive partout. Cela mettra beaucoup de temps.” Pour l’heure, les entreprises de l’aérien poursuivent l’hivernation, en attendant les beaux jours du secteur : activités limitées pour “stabiliser la trésorerie”, selon les mots d’Augustin de Romanet, PDG d’ADP, embauches gelées et suppressions de postes.

Selon ce dernier, le trafic ne retrouvera pas son niveau de 2019 avant 2024. “La crise a changé les comportements, et certains vont rester dans le long terme, confirme Isabelle Laplace. Avec l’habitude d’utiliser les visioconférences, les sociétés vont rationaliser les déplacements. Pour des raisons environnementales peut-être, mais surtout économiques.” La question est de mesurer le nombre de ces déplacements professionnels en avion qui se verrons substitués par des appels vidéo. “Il est possible qu’on ne revienne jamais aux nombres de voyages d’affaires d’avant le Covid-19”, craint Marc Ivaldi.

Quant à l’impact environnemental de l’avion, parfois cité comme frein possible à la reprise de l’activité, le président de la Chaire Pégase nuance : “Le flight-shaming peut avoir un impact, mais il ne sera que marginal.” Isabelle Laplace, responsable du programme de recherche sur le développement durable à l’ENAC, juge que la crise “forcera les compagnies aériennes et les constructeurs à se poser des questions plus générales sur l’utilisation du transport aérien dans le futur”. Elle affirme que le secteur est convaincu qu’il lui faut agir pour la transition écologique. Et même que, menacée par la crise, sa survie pourrait en dépendre.