Georges Tron condamné : “C’est une victoire pour toutes les femmes”

Georges Tron, qui continue de nier les faits, a été placé en détention hier soir - Crédit : Capture d'écran du Figaro - mars 2015

 

 

La cour d’assises de Paris est allé au-delà des réquisitions du ministère public en condamnant, mercredi 17 février, Georges Tron pour viol et agressions sexuelles. Au cœur du procès : la notion d’emprise imposée à l’une de ses subordonnées.

C’est un feuilleton judiciaire long de dix ans qui s’achève. La cour d’assises de Paris a condamné en appel, mercredi 17 février, l’ex-secrétaire d’État Georges Tron à cinq ans de prison dont trois ans ferme pour viol et agressions sexuelles en réunion sur une ancienne collaboratrice de la mairie de Draveil (Essonne). Une peine assortie de six ans d’inéligibilité.

Quand le scandale éclate en 2011, dans le sillage de l’affaire DSK, le secrétaire d’État à la Fonction publique de François Fillon est alors contraint de quitter ses fonctions avec fracas. S’en suivra en 2018 un premier acquittement obtenu par les mêmes avocats qui se tiennent autour de lui ce mercredi au soir : Mes Solange Doumic et Antoine Vey, Éric Dupont-Moretti en moins. Si le délibéré avait duré à peine deux heures en première instance, il a duré cette fois près de onze heures … Autant dire qu’à l’heure du verdict, le maire LR (Les Républicains) de Draveil était déjà fixé sur son sort.

À l’origine de l’affaire : deux anciennes employées de la mairie l’accusaient lui, et son ancienne adjointe à la Culture Brigitte Gruel, d’attouchements et de pénétrations digitales entre 2007 et 2010. Sur fond de description de scènes sexuelles à trois, de massages de pieds et d’“omerta”, le procès de Georges Tron a finalement débouché sur la reconnaissance de sa culpabilité concernant les faits commis sur Virginie Ettel. En revanche, les accusations portées par l’autre plaignante, Éva Loubrieu, n’ont pas été retenues. En entendant le verdict, cette dernière a éclaté en sanglots avant de quitter la salle d’audience précipitamment. Brigitte Gruel, quant à elle, est reconnue coupable de complicité de viol et d’agressions sexuelles et écope de deux ans de prison avec sursis.

« C’est une grande victoire pour toutes les femmes »

L’émotion est vive sur les bancs des parties civiles : “C’est une grande victoire pour toutes les femmes qui peuvent avoir à se plaindre sur leur lieu de travail”, se réjouit l’avocat de Virginie Ettel, Me Vincent Olivier. Une victoire symbolique, donc, à l’heure post #MeToo. Même satisfaction du côté du conseil d’Éva Loubrieu qui concède tout de même une victoire au goût amer pour sa cliente. Pendant dix ans, les deux femmes se sont battues côte à côte.

Au même moment, de l’autre côté de la salle d’audience, l’ambiance n’est pas la même. Vêtu d’un costume sombre, cheveux gris peignés en arrière, Georges Tron retire sa montre pour la remettre à Me Antoine Vey avant de regagner son box. Sur son visage : aucune émotion. Il sait que le soir même, il dormira en prison.

Au cœur du procès : la notion d’emprise

Pendant les quatre semaines qu’aura duré ce procès, l’accusation n’aura cessé de démontrer « l’emprise » exercée par l’édile sur ses deux anciennes collaboratrices. Une façon de prouver la notion de contrainte indispensable pour caractériser des faits de viols et d’agressions sexuelles conformément au Code Pénal. Le viol ne se résume pas à un inconnu qui, violemment, saute sur une jeune femme dans un coin de parking, rappelle Me Guérin. La contrainte peut être également exercée par cette emprise d’un supérieur hiérarchique, d’un puissant sur une petite à qui on demande des faveurs sexuelles”.

Les jurés ont finalement prononcé un verdict qui va au-delà des réquisitions du parquet qui avait requis cinq ans de prison dont trois avec sursis mais en précisant bien que la partie ferme pourrait être faite sous bracelet électronique. Une sévérité sans doute encouragée par l’attitude du principal accusé qui, tout au long du procès, n’aura eu de cesse que de crier au “complot”. Une manigance qui aurait été fomenté par ses adversaires politiques en Essonne. “Une thèse étayée par aucun élément probant”, a conclu le tribunal.