Hervé Gourdel, un procès symbolique de la violence terroriste en Algérie

Hervé Gourdel, guide de haute montagne décédé à 55 ans - Crédits : Flickr, Gongashan, 24 septembre 2014

 

Le procès des bourreaux présumés d’Hervé Gourdel, enlevé et décapité en 2014 par un groupe terroriste, s’ouvre ce jeudi 18 février à Alger. Pour la justice algérienne, il est un symbole de la lutte contre l’obscurantisme.

Son visage souriant avait fait la une de l’actualité. Hervé Gourdel était parti en excursion dans le massif algérien du Djurdjura le 20 septembre 2014. Son dernier voyage. Enlevé par le groupe djihadiste Jund-al Khalifa aux côtés de cinq amis algériens, il est le seul à n’être jamais revenu.

Peu de temps après son rapt, une première vidéo était postée par le groupe terroriste qui a fait allégeance à l’État Islamique. On y voit le guide de montagne agenouillé, entouré de soldats encagoulés et armés, demandant sous la contrainte que “la France renonce sous 24 heures à ses frappes aériennes en Irak contre l’État Islamique”.  Un ultimatum rejeté par le président de la République d’alors, François Hollande. Malgré l’intervention des forces de sécurité algériennes qui parviendront à faire libérer les otages algériens, Hervé Gourdel, lui, restera prisonnier avant de se faire décapiter face aux caméras du groupe terroriste. Une vidéo sombrement intitulée : “Message de sang pour le gouvernement français”.

C’est de cet acte de barbarie dont devront répondre les sept accusés devant le tribunal d’Alger. Parmi eux, Abdelmalek Hamzaoui, le principal accusé, encourt la peine de mort pour “enlèvement, torture et préméditation” ainsi que pour “création et organisation d’un groupe terrorisme armé”. Le procès avait été une première fois reporté le 4 février dernier en raison de l’état de santé du djihadiste présumé Abdelmalik Hamzaoui. La compagne d’Hervé Gourdel, Françoise Grandclause, qui avait fait le déplacement à Alger, avait exprimé sa déception. Ajoutant : “Je suis venue de loin, je représente ma famille, les amis d’Hervé et toutes les victimes de terrorisme”. Aujourd’hui, elle assistera au procès par visioconférence depuis Nice, bien décidée à enfin “savoir ce qui s’est vraiment passé en 2014 “.

Un procès qui donne espoir aux autres victimes de terrorisme

L’assassinat d’Hervé Gourdel a non seulement marqué la France mais aussi l’Algérie. “J’ai eu beaucoup de messages de soutiens des algériens ces dernières années (…) [De nombreuses] personnes ont été tuées par les djihadistes en Algérie”, expliquait au lendemain du report Françoise Grandclause.

La justice algérienne est notamment réputée pour son inertie qui accentue bien souvent la souffrance des familles. Dans le cas de l’assassinat du guide de montagne, la procédure est longtemps restée lettre morte. L’ouverture du procès ? “On n’attendait que ça”,  confesse l’avocate de la famille d’Hervé Gourdel, Me Chantal Bonnard. “C’est important que l’on ne reste pas sans procès, sans punition. Que l’on ne reste pas dans le vide”, ajoute-t-elle.

Interrogée par Libération, Sophia Seco, directrice de la Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs (Fenvac), estime quant à elle que la tenue de ce procès “[ouvre aujourd’hui] des perspectives pour les victimes de la prise d’otage d’In Amenas [en Algérie en 2013]”.