PORTRAIT — Jérôme Trehorel, les Charrues avant tout

L'avenir du festival est entre les mains de son directeur, Jérome Trehorel - SOURCE IMAGE: Amanda Hinault.

 

Le directeur des Vieilles Charrues lutte depuis plus d’un an pour faire exister son festival musical. D’un engagement à tout épreuve, il se dit prêt à repenser totalement l’événement pour récréer du lien avec le public et les artistes. 

Trente minutes avant son rendez-vous décisif avec la ministre de la Culture Roselyne Bachelot, Jérôme Tréhorel s’érige en fer de lance de la cause. Tout mais pas revivre un été silencieux. Le directeur du festival musical des Vieilles Charrues est formel. C’est presque un devoir de trouver des solutions”, assène-t-il en tirant sur sa cigarette électronique, à l’autre bout du combiné. 

Depuis 2012, Jérôme a vécu bien des crises. Entre la montée du terrorisme et l’évolution de la culture, jamais le secteur n’a été aussi bouleversé qu’aujourd’hui. La pandémie a tout écrasé sur son passage. Plus de concerts, plus de publics, plus de partage. Pourtant, ce directeur d’un des plus gros festivals de France – 270.000 participants chaque année, est prêt à tout pour reprendre les festivités. On organisera de nouveau une rencontre entre les artistes et le public.” Qu’importe la forme. Assis, debout, à jauge réduite… En 2021, la 29e édition des Vieilles Charrues aura bien lieu du 15 au 18 juillet. 

“L’engagement, c’est indispensable pour organiser un festival”

Originaire de Quessoy, petite commune des Côtes‑d’Armor, Jérôme Trehorel est conscient du rôle que son festival a pour le Finistère et la ville de Carhaix. Imaginez une région au milieu de nulle part. Il faut faire une heure de route à chaque fois pour voir quoique ce soit. Cinémas, spectacles ou même un médecin !”, explique Régine Abéguilé-Mesgouz. Bénévole pour le festival depuis 25 ans, la retraitée est reconnaissante de l’impact du festival sur le territoire. Si on veut aller de l’avant, on doit bouger. Personne ne le fera pour nous”, poursuit-elle. Personne, sauf Jérôme. 

À la tête d’une chaîne de 9 000 personnes – dont 7 000 bénévoles, ce fils de salariés d’une entreprise de chauffage était au fait de la mission qui l’incombait. En devenant directeur, je savais que j’entrais dans un autre tourbillon, une autre facette du festival.” Investi dans l’univers des Vieilles Charrues depuis 1998 en tant que bénévole, son expérience n’est qu’une question d’engagement. C’est indispensable pour organiser un événement 100% associatif qui ne touche aucun subvention”, insiste-t-il.

Chaque jour, le directeur s’évertue à galvaniser ses équipes et à répondre aux médias. J’ai commencé à 6h30”, déclare-t-il douze heures plus tard, sans une once de fatigue. Pour la bénévole Régine Abéguilé-Mesgouz, sa présence rassure : “Si on a besoin, on peut aller dans son bureau et discuter”. Des bénévoles carhaisiens aux plateaux télé, Jérôme Trehorel est toujours disponible. 

UN BESOIN D’ESPOIR

“Il faut”. Le directeur des Vieilles Charrues n’a que ces mots à la bouche, assaisonnés à tous les temps. L’année dernière, lors de l’annonce de l’annulation de tous les festivals ? “Il a fallu tout de suite réagir et établir un plan de sauvetage.” Aujourd’hui, face aux restrictions sanitaires qui empêchent tout rassemblement ? Il faut préserver l’exclusivité culturelle française et que l’on célèbre les festivals.” Après la décision, tant attendue, du ministère de la Culture ? Il faudra réagir très vite et très bien. On est prêts à faire en sorte de trouver des solutions, à totalement revoir l’organisation d’un festival unique et éphémère.”

Pour le directeur, il faut être prêt à tout. Tests à l’entrée ou nécessité d’être vacciné pour participer ? Ce sont des sujets totalement à part. Ce qu’il faut savoir, c’est dans quel cadre on peut organiser un festival”, balance-t-il, teigneux. « On a besoin d’espoir », glisse-t-il sur un autre ton, avant de se corriger : « Impossible n’est pas Charrues ».