L’aéroport d’Orly en zone de turbulences

Avec 7,1 milliards d'euros de pertes en 2020, Air France a perdu les deux tiers de ses clients - SOURCE IMAGE : Transavia France - 2016

 

En difficulté face à la crise sanitaire, le groupe Air France-KLM fait planer le spectre d’une recapitalisation de la part des États français et néerlandais. Le personnel de l’aéroport d’Orly s’en passerait bien.

Pas d’atterrissage en douceur pour Air France-KLM. Les résultats annuels du groupe publiés ce jeudi font état de pertes massives. En 2020, l’avionneur a perdu les deux tiers de sa clientèle. Une baisse de fréquentation qui, côté finances, se chiffre à plus de 7 milliards d’euros de pertes. De quoi inquiéter le personnel navigant.

Au delà des 6000 emplois en cours de suppression, dans les cartons avant même la crise sanitaire, le sort du groupe au sein de l’aéroport d’Orly est au coeur des préoccupations. “Orly, c’est vraiment sensible pour nous”, concède Guillaume Schmid, vice-président du Syndicat national des pilotes de ligne Air France (SNPL AF).

Le fait que l’État français ait accordé un prêt à Air France alourdit les fonds propres de l’entreprise et a fait exploser sa dette. Celle-ici a quasiment doublé sur un an, pour atteindre 11 milliards d’euros. Dans ces conditions, une recapitalisation serait “inévitable”, selon le syndicaliste.

De précieux créneaux en jeu

Mais une telle opération financière serait vue d’un mauvais oeil à Bruxelles, où l’on considère cette potentielle transaction comme favorable à Air France au regard de la concurrence. Au point de demander des contreparties en terme de “slots” — des plages horaires réservées — à Orly. C’est ce point précis qui inquiète le personnel : l’aéroport ne dispose que de peu de créneaux en raison de contraintes environnementales.

Air France compte pour environ la moitié du total de ces créneaux. L’Union Européenne lui demande d’en rendre 24 par jour en cas de recapitalisation effective. “C’est un peu comme si on te filait une béquille et qu’on te prenait une chaussure”, s’inquiète Philippe Sigaud, commandant de bord pour Transavia.

Pour l’heure, Air France appuie sa stratégie de développement sur cette filiale low-cost du groupe pour être rentable sur la plateforme d’Orly. Or, les créneaux abandonnés “seraient immédiatement repris par une concurrence qu’on juge déloyale et qui s’attaquerait à nos propres vols”, s’agace Guillaume Schmid.

Réduction des effectifs

Pour dénoncer la contrepartie d’une recapitalisation, son syndicat a adressé une lettre à Margrethe Vestager, la vice-présidente de la commission chargée de la concurrence. Pour lui, “l’Union Européenne n’a pas pris l’ampleur de la crise”. Philippe Sigaud, lui, veut faire confiance au gouvernement pour faire bouger les lignes. On a la chance d’avoir un ministre des Transports (Jean-Baptiste Djebbari, NDLR) qui lui aussi était pilote. C’est quelqu’un qui connaît le métier. Il va nous défendre !”, s’enthousiasme-t-il.

Le sort du groupe est une affaire d’Etat de longue date, sur fond de réduction des effectifs en vue de réaliser des économies. Depuis l’été dernier, les départs “correspondent à des non-remplacements jusqu’en 2023/2024”, énumère Philippe Sigaud, commandant de bord pour la filiale low-cost du groupe, Transavia.

À l’occasion de la téléconférence de presse relative aux résultats de 2020, le directeur financier du groupe, Frédéric Gagey, a rappelé que les plans de départ volontaires devaient permettre “d’accompagner environ 900 départs chez KLM et environ 4 900 chez Air France”. En 2019 déjà, les effectifs de la cinquième plus grosse compagnie aérienne européenne avaient fondu de 10%. La crise du Covid-19 pourrait pousser le groupe à aller plus loin encore.