Le ministre de l’Agriculture exige plus de viande à la cantine

Unsplash - 2015. 

Le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie a enjoint la restauration scolaire à soutenir la production de viande bovine, particulièrement en difficulté depuis le début de l'épidémie de Covid-19.

 

Davantage de viande bovine au menu des cantines scolaires, voilà le voeu du ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation Julien Denormandie, lors d’un entretien avec l’AFP. Ce dernier a notamment insisté sur la viande de jeune bovin mâle. Peu grasse, c’est une viande particulièrement adaptée à nos enfants, à nos adolescents”, a‑t-il expliqué, avant de déplorer le peu de quantités de ce type de viandes dans les établissements scolaires, à la différence des réfectoires européens.

Pour Brigitte Gothiere, porte-parole et directrice de l’association L214, l’injonction n’est pas nouvelle. On ne nourrit pas les enfants pour leur santé ou pour leurs choix, mais pour faire des débouchés dans les filières”. Car l’argument du ministre est avant tout d’ordre économique : plombés par la pandémie de coronavirus et la réduction des exportations, les éleveurs français ont du mal à écouler leurs stocks de viande. Selon eux, le prix d’achat des animaux serait désormais inférieur aux coûts de production. La crise sanitaire a empiré la situation, et leurs revenus demeurent encore plus faibles.

Alors quoi de mieux que de solliciter les gestionnaires de cantines scolaires et les élus des régions, en particulier ceux du Massif central, pour soulager les producteurs bovins ? “J’en appelle aux élus locaux pour faire le pari de cette viande de qualité et avoir le réflexe jeune bovin au moment où les menus des cantines sont établis”, a demandé le ministre.

L’économie prime sur l’écologie

La restauration scolaire représente 1,2 milliard de repas par an. C’est donc un vivier de débouchés considérable, d’autant plus que la consommation de viande des Français recule de 1% par habitant. La viande bovine accuse un net recul : ‑1,3% entre les années 2018 et 2019. Pour contourner la bonne direction prise par les citoyens et les consommateurs, le ministre passe par les enfants, sans nécessairement demander leur avis aux parents. Il sait très bien que les enfants n’ont rien à dire et n’ont pas le choix”, critique la militante de L214.

Avec le développement et la popularité croissante des régimes végétarien, vegan et flexitarien, l’appel de Julien Denormandie va complètement à contre-courant des tendances, mais aussi de la Convention Citoyenne pour le Climat : parmi les propositions liées à la restauration collective — qui seront étudiées au Parlement au mois de mars —  deux repas végétariens par semaine dans les cantines scolaires à partir de 2025, ou la réécriture de l’arrêté du 30 septembre 2011, relatif à la qualité nutritionnelle des repas servis dans les écoles. Toujours en vigueur, il dispose un apport très régulier en produits laitiers (six fois par semaine) et en viande dans les plats. Il n’y a jamais de problème pour ce type d’aliments”, grince Brigitte Gothiere.

La directrice de L214 estime que le ministre de l’agriculture est complètement aux ordres du syndicat de viande bovine, la FNSEA”, et rappelle que durant les fêtes de fin d’année, il avait encouragé les Français à manger davantage de foie gras pour soutenir la filière. Il est beaucoup plus rapide de changer nos habitudes dans les plats que nous servons dans les cantines que de changer l’habitude de 66 millions de consommateurs”, concluait le ministre auprès de l’AFP. Le régime végétarien, ce n’est donc pas pour demain.