Les encres de tatouage sont-elles vraiment dangereuses ?

Peut-on faire confiance aux encres de tatouage ? - SOURCE IMAGE : Pixabay

 

Une enquête de l'UFC-Que Choisir alerte sur la composition des encres à tatouer. Selon l'association, celles-ci pourraient être responsables de maladie de la peau.

Allergie. Eczéma. Cancer. Ces mots font frémir rien qu’à les entendre et pourraient bientôt freiner de nombreux désirs de tatouages. Les encres utilisées pour tatouer sont-elles vraiment responsables du développement de maladies de la peau ? C’est ce que laisse craindre UFC-Que Choisir dans une enquête publiée jeudi. Colorant C.I. 73915, hydrocarbures aromatiques polycycliques… Sortez vos dictionnaires, la listes est longue comme le bras.

Au total, 75% des encres les plus utilisées sur le marché contiennent des ingrédients cancérogènes ou des conservateurs et colorants interdits, révèle l’association de consommateurs. Si la situation inquiète, il est en fait rarement possible d’établir un lien direct entre un tatouage et le déclenchement d’une maladie de peau. 

Pas de raison de paniquer

“On confond souvent le danger et le risque. Ce n’est pas parce qu’on se fait tatouer avec un produit contenant un ingrédient potentiellement nocif, qu’on va irrémédiablement tomber malade”, s’insurge Stéphane Pirnay, expert en toxicologie à l’Université de Paris. Pour le scientifique, aucune raison de céder à la panique : “Évitons d’être trop manichéen et de tomber dans la peur systématique. Il faut toujours faire du cas par cas”. Comme avec un médicament, certaines personnes peuvent être sujettes à des effets secondaires mais certainement pas au point d’expliquer un cancer de la peau par l’utilisation d’une encre pour tatouage.

UFC-Que Choisir évoque une étude dans laquelle l’exposition répétée d’un rongeur au dioxyde de titane — présent dans la plupart des encres, a provoqué chez lui un trouble des réponses immunitaires et des lésions précancéreuses. Problème, comme l’admet par ailleurs l’association de consommateurs, rien ne prouve une réaction similaire chez l’Homme.

Pour démontrer qu’un tatouage donne le cancer, il faudrait un panel de gens très large et prendre en compte tous les facteurs externes comme le tabac par exemple, rassure Nicolas Kluger, dermatologue à la consultation “tatouage” de l’hôpital Bichat. Aujourd’hui, aucune étude n’est en mesure de prouver qu’une personne tatouée a plus de chance de développer un cancer qu’une autre”.

Des mesures d’hygiène strictes

Il faut dire aussi que le monde du tatouage a bien changé. Finie l’époque un peu clichée de la pin-up tatouée sur le bras d’un motard à l’arrière d’un bar. En France, la formation hygiène et salubrité est aujourd’hui indispensable à qui souhaite exercer dans la profession. “Nous, on essaye de faire attention dans le choix des encres, et quand on a un doute pour une allergie, on fait ce qu’on nous a appris en formation. On prend le maximum de précautions”, défend Laurent*, tatoueur à Paris. 

Résultat, les complications liées à l’encre sont extrêmement rares. “On est toujours sur des petits problèmes de surface. C’est d’ailleurs souvent lorsque le client n’écoute pas les conseils d’entretien du tatouage”, détaille Théo*, depuis son salon de tatouages bruxellois. Pour autant, le professionnel se félicite de l’intérêt des clients pour les conditions sanitaires dans lesquelles ils se font tatouer: “Si les gens se renseignent davantage ce n’est pas une mauvaise chose, au contraire. Ils sont préoccupés par leur santé et nous aussi d’ailleurs”.

* Tous les prénoms ont été modifiés pour garantir l’anonymat.