Mario Draghi : un banquier pour gérer la dette italienne

L'ancien directeur de la Banque centrale européenne Mario Draghi prend la tête du gouvernement italien. SOURCE : présidence de la République italienne. 2021.

 

Mario Draghi a reçu l'approbation du Sénat italien le 17 février pour sa nomination en tant que premier ministre. Son parcours en tant qu'économiste est traversé par la question de la dette publique, qui sera un de ses chantiers principaux en tant que chef du gouvernement.

Ancien directeur de la Banque centrale européenne, Mario Draghi voue sa vie à deux saints : saint Ignace de Loyola — il a reçu une éducation catholique jésuiste — mais surtout John Maynard Keynes, économiste majeur du XXe siècle. Théoricien de l’utilité de la dette publique pour relancer l’économie, Keynes a fortement influencé les politiques menées en temps de crise.

Mario Draghi naît en 1947 dans une Italie pauvre et décimée par la guerre puis grandit dans une période prospère pour l’économie nationale, surnommée “le miracle italien”. La formule est fréquemment utilisée pour évoquer les trente années durant lesquelles l’application des idées de Keynes a permis un boom économique sans précédent du pays.

Admis en 1976 au Massachusetts Institute of Technology (MIT), l’ultra-prestigieuse université américaine, c’est donc tout logiquement que Draghi s’y inscrit en “études keynésiennes”, sous la direction du futur prix Nobel Franco Modigliani. Toute sa vie d’économiste, le banquier tentera de répondre au questionnement central du keynésianisme : qu’est-ce que la “bonne” dette — celle qui relance l’économie — et qu’est-ce que la “mauvaise” dette — celle qui plombe les finances ?

Fraîchement lauréat, Mario Draghi retourne en Italie puis enseigne quelques années l’économie à l’université. Il est ensuite nommé conseiller auprès de la ministre de l’Economie, puis prend la tête du Trésor italien en 1991. Les années 90 sont turbulentes pour l’Italie, exclue du Mécanisme européen de stabilité et menacée de ne pas pouvoir rejoindre l’union monétaire en construction. Draghi se lance dans une bataille pour sauver la lire italienne — alors dangereusement surévaluée — et s’attelle à une privatisation massive des entreprises publiques. Sa frénésie lui vaudra de se faire un nom auprès de la presse italienne nationale, qui ne tardera pas à l’affubler du peu inspiré surnom de “Super Mario”.

De Goldman Sachs au palais Chigi

En 2002, il quitte l’administration et rejoint Goldman Sachs. Ses trois années de cadre auprès de la banque d’affaires américaines nourriront à posteriori la polémique sur un possible conflit d’intérêts. La banque aide alors la Grèce à dissimuler son énorme déficit public à travers des inventivités comptables, ce qui sera directement responsable de la crise de la dette publique grecque quelques années plus tard.

Dans les années 2000, le keynésianisme n’est clairement plus à la mode. L’endettement des états européens, conjugué à une croissance plus que mollassonne, contribue à faire monter la petite musique de l’austérité, jugée de plus en plus nécessaire. Mario Draghi, nommé à la présidence de la Banque centrale européenne (BCE) en 2011 en pleine crise grecque, suit le courant. La BCE exige alors de la Grèce une austérité drastique, dont le bilan est aujourd’hui fortement critiqué. Le pays perdra un quart de sa richesse, et les ménages un tiers de leurs revenus. Mais pour Mario Draghi, il faut sauver l’euro “à tout prix”. En sus de la purge imposée à la Grèce, Draghi rachète massivement les dettes publiques européennes, permettant d’éviter d’éventuelles cessations de paiement par les pays les plus fragiles, comme l’Espagne et l’Italie.

Au regard de l’endettement massif des états européens pour juguler les pertes causées par la pandémie, la question de l’austérité semble bien lointaine aujourd’hui. L’histoire — comme l’économie — pourrait être cyclique, et, face à la crise économique que vit l’Italie, Mario Draghi fraîchement nommé premier ministre appelle à investir massivement. “Comme les gouvernements de l’immédiat après-guerre, nous avons la responsabilité de lancer une nouvelle reconstruction”, déclare-t-il mercredi 17 février devant le Sénat italien. Fin 2020, le niveau de dettes publiques de l’Italie a atteint 158 % du PIB, 20 points de plus qu’en 2019. L’été dernier, Draghi avait alerté les dirigeants européens : “Seule une bonne dette sauvera l’économie.”