“On se croirait dans l’ancienne Union soviétique” : le président de Sorbonne Université égratigne Vidal

Jean Chambaz, président de Sorbonne Université depuis 2017, sur le plateau de France Info - Crédit : @franceinfo - février 2021

 

 

Invité sur France Info ce matin, Jean Chambaz s’est dit “scandalisé” par la ministre de l’Enseignement supérieur, après son annonce dimanche d’une enquête sur “l’islamogauchisme” à l’université.

 

Quatre jours après l’annonce de Frédérique Vidal du lancement d’une enquête sur “l’islamo-gauchisme” menée par le CNRS à l’université, la colère du monde académique ne désenfle pas. Jean Chambaz, président de Sorbonne Université, établissement de plus de 55 000 étudiants, n’a pas mâché ses mots ce matin sur le plateau de France Info.

Le professeur de biologie cellulaire et de médecine a décrit sa “stupeur” à la découverte des propos de la ministre de l’Enseignement supérieur, qu’il a d’abord cru sortis de leur contexte. Il s’est attaqué au terme “d’islamo-gauchisme” en lui-même : “Pour savoir si quelque chose a une réalité, il faudrait le définir”, a‑t-il attaqué, dénonçant un mot “issu des milieux de la droite extrême”. Pour le président d’université, la polémique est vaine et la séparation entre l’activité citoyenne militante de certains chercheurs et leur activité professionnelle est nettement établie.

Le choix de confier l’enquête au CNRS a également surpris Jean Chambaz. Pour lui, le centre de recherche ne doit pas être vu comme “au-dessus de la mêlée”. De nombreux chercheurs de l’organisme sont d’ailleurs eux-mêmes professeurs à l’université. Le président de Sorbonne-Nouvelle s’est dit étonné que “le président du CNRS accepte la mission de la ministre”.

L’orientation politique du gouvernement est “inquiétante”

Mais c’est sur les dangers des interventions du milieu politique dans la recherche scientifique que Jean Chambaz a le plus insisté, déclarant : “On se croirait dans l’ancienne Union soviétique”. “Ca me fait penser aux slogans du XXème siècle sur le judéo-bolchévisme”, a‑t-il ajouté, faisant référence à l’expression antisémite et anticommuniste de l’entre-deux-guerres, qui voyait dans les Juifs les artisans du communisme. Il a ensuite avancé une troisième comparaison, plus actuelle mais tout aussi véhémente : celle avec la Pologne et la Hongrie, pays aux gouvernements proches de l’extrême droite.

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Pour le président d’université, au-delà des propos de Frédérique Vidal, c’est l’orientation politique globale du gouvernement qui est inquiétante. Jean Chambaz a ainsi rappelé les propos de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation, sur “l’islamo-gauchisme” à l’université après l’assassinat de Samuel Paty, propos qu’il a jugé “indignes d’un ministre”. Pour lui, il s’agit d’opérations électoralistes du gouvernement en vue des élections de 2022. Celui-ci viendrait “draguer une partie de l’opinion publique dans des secteurs assez nauséabonds”.

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Jean Chambaz ne s’est pas montré beaucoup plus clément envers la gestion de la crise du Covid-19 par l’exécutif. Il a jugé “inutile” la fermeture totale des universités à l’automne. Quant à leur réouverture partielle, il a déclaré qu’elle se faisait “n’importe comment”. La relation entre les universités et leur ministre de tutelle n’est pas près de se calmer.