PSG-Barça : déjà la “patte” Pochettino ?

Mario Pocchettino, alors entraîneur de Tottenham, sur le terrain du CSKA Moscou pour un match de Ligue des Champions. Source : soccer.ru, 27 septembre 2016.

 

La gifle infligée au FC Barcelone en Catalogne (4-1) offre au nouvel entraîneur du Paris Saint-Germain, Mauricio Pochettino, une première victoire de prestige à mettre à son pedigree. Une illustration de son style ? Décryptage.

Étincelants. Les joueurs du Paris Saint-Germain ont dominé leurs adversaires dans tous les compartiments du jeu mardi soir à Barcelone (4–1) en huitièmes de finale aller de Ligue des champions. Si Kylian Mbappé a rayonné en inscrivant notamment un triplé, c’est surtout la force collective du PSG qui a marqué les esprits. Appliqués et solidaires en défense, ils ont également su être d’une efficacité redoutable en attaque, en témoignent les quatre buts, marqués sur des actions qui semblent tous le résultat d’un minutieux travail d’avant-match.  De là à dire que la victoire porte l’empreinte du nouvel entraîneur parisien Mauricio Pochettino ?

Une attaque tactique et talentueuse

Le premier but parisien illustre bien l’effort tactique du PSG : 31e minute de jeu, Kean entraine Alba de l’aile droite vers le centre du terrain. Il sert Marquinhos, derrière lui, qui peut trouver facilement Kurzawa sur l’aile opposée. Le latéral est démarqué, et, surtout, dispose d’espace. Les trois défenseurs restants de Barcelone sont alors occupés à marquer Icardi, Mbappé et Verrati, plus proches des cages de Ter Stegen. Kurzawa sert Verrati, qui remet sur Mbappé : après deux passes, le prodige de Bondy accélère et inscrit le but de l’égalisation.

Cette séquence, parfaitement exécutée, ne doit rien au hasard dans sa construction. En délaissant son 4–2‑3–1 favori au profit d’un 4–3‑3, Mauricio Pochettino savait que ses joueurs — de talent — seraient souvent à même de proposer ce type d’enchaînements, trop tranchants pour une défense barcelonaise bringuebalante. Offrez à Mbappé cette liberté dans la mobilité, il vous la rendra en triplé.

Une défense plus “pocchetinesque”

Intraitable offensivement, c’est pourtant défensivement que le PSG a probablement le plus impressionné. Avant le match, les fans parisiens se demandaient d’ailleurs comment le PSG allait contenir l’armada offensive si caractéristique du jeu barcelonais. La clé est venue d’une défense solidaire et compacte, en adéquation avec la philosophie de jeu prônée par le tacticien argentin lors de ses passages sur les bancs de Southampton ou Tottenham.

Icardi, à la pointe de l’attaque du PSG, avait la charge de harceler Busquets, le meneur reculé du Barça (ce que ne faisait pas Messi sur Paredes). Gêné, Busquets a principalement cherché à passer par l’axe du terrain (2 fois sur 3), là où son équipe à l’habitude de construire ses attaques autour de Messi. Mais celui-ci a vu ses connexions habituelles avec Pedri et De Jong coupées par une ligne systématique de quatre composée de Kean, Gueye, Paredes et Verrati. Et même lorsque ce dernier montait d’un cran pour gêner Piqué qui, lui, venait en soutien de Busquets (toujours harcelé par Icardi), Mbappé redescendait faire le nombre pour ne pas rompre le rang. Ainsi, en plus de museler Messi, le PSG s’est offert une forte densité de joueurs devant la surface lorsqu’il était contraint de défendre bas. Une stratégie qui a permis de contrer les quatre tirs espagnols déclenchés de l’extérieur de la surface.

Un Barça trop faible ?

Pochettino a aussi su faire d’autres bons choix. Le positionnement haut de Verratti, la titularisation à droite de Kean, là où on attendait plutôt Sarabia, le coach argentin a mis Mbappé, sa carte maîtresse, dans les meilleures conditions, avec le résultat que l’on connaît. Mais si l’entraîneur du PSG a clairement remporté la bataille tactique, anticipant le jeu de son adversaire et adaptant son équipe en conséquence, difficile d’affirmer pour l’instant que cette victoire est celle du “style” Pochettino.

La “patte” Pochettino, c’est aussi habituellement des équipes qui pressent bien plus haut et courent beaucoup plus, multipliant les appels dans le vide pour créer des décalages. Des éléments que l’on a moins trouvé au Camp Nou mardi soir. De fait, le bloc défensif était surtout conçu pour couper les lignes, quitte à défendre très bas. Offensivement, le talent parisien et les largesses barcelonaises ont suffi.

Là se trouve sans dote le point le plus important au moment de décrypter l’influence du coach parisien. Il ne faut pas oublier que le PSG a affronté une équipe de Barcelone bien loin des standards qui ont fait sa légende. Parfois à la peine offensivement, l’équipe de Ronald Koeman pèche surtout défensivement. Entre ses stars vieillissantes (Piqué, Alba, Busquets) et leur relève pas à la hauteur des espérances (Dest, Umtiti, Lenglet), le FC Barcelone ressemble à une équipe à l’agonie, incapable de se réinventer depuis son dernier sacre en 2015. Des faiblesses qui obligent à juger avec mesure l’empreinte possible du nouveau coach parisien, qui, quoi qu’il en soit, a bel et bien signé son premier coup d’éclat.