SuperCam : le made in France de la mission Persévérance

Crédits photo : NASA/Joel Kowsky

A 21h55 ce soir, la sonde Persévérance devrait se poser sur la planète Mars, avec à son bord une caméra super-puissante, la « SuperCam ». En haut de son mât trônera, fièrement, un laser de confection 100% française.  

C’est une fierté et un accomplissement pour la recherche française”, s’enthousiasme Philippe Caïs. L’ingénieur-chercheur au CNRS est en route vers la cité de l’espace à Toulouse. Il y assistera à l’atterrissage du rover Persévérance sur Mars dans la soirée de ce jeudi 18 février. Une étape capitale, décrit l’ingénieur, qui avoue être stressé et avoir très mal dormi la nuit dernière. Le robot avait quitté la Terre en juillet dernier.

Philippe Caïs est le chef de la collaboration française à la mission Persévérance. Depuis 2014, il dirige un consortium de plus de 300 personnes travaillant dans des laboratoires, universités et dans l’industrie. Ce groupe s’attèle à la confection d’un laser “made in France” qui fait partie de la SuperCam, caméra placée sur le robot.

Une sonde à la recherche de traces de vies 

Persévérance représente “la fin des missions d’exploration martiennes » commente l’ingénieur. Au fil des précédentes expéditions, les scientifiques ont découvert qu’il y avait de l’eau sur Mars et ont exploré ses conditions de formation de la vie.  “La mission de Persévérance aujourd’hui est de ramener des échantillons de roche, afin de découvrir d’éventuelles traces de vies présentes il y a 3,5 milliards d’années”, explique-t-il, “cela prouverait que la vie est possible ailleurs que sur Terre et ouvrirait le champ des possibles”.

C’est pour récupérer les précieux échantillons que le laser français entre en scène. Placé en haut de la SuperCam, il contribue à repérer les endroits propices au développement de la vie, afin de ramener “les meilleurs échantillons possibles” sur Terre. Cette mission de retour des fragments de roche devrait avoir lieu aux alentours de 2030.

Pour faire un instrument comme ça, il faut des ressources et des compétences”, commente Driss Kouach, chef de projet en conception mécanique au CNRS. “Dans ce contexte, la France met en œuvre des synergies entre labos, chacun apporte sa contribution : optique, informatique, électronique, etc”, énumère l’ingénieur.

Une nouvelle participation tricolore

La première contribution française à une mission martienne remonte à la mission “Curiosity”, se rappelle Driss Kouach. “Notre consortium avait remporté l’appel d’offres de la NASA en 2005 pour une version antérieure de caméra : la ‘chemcam’ (pour chemical camera)”, qui s’est posée sur Mars en 2012 et qui y est toujours aujourd’hui. “Après ce succès, la NASA a souhaité rebondir, en programmant ‘Mars 2020′, et on a à nouveau été sollicités pour participer à l’appel d’offres, que nous avons remporté, pour concevoir une version plus sophistiquée de la caméra”, explique-t-il.

Supercam est “un gros chantier de plusieurs millions d’euros”, s’exclame Driss Kouach, “entièrement financé par le Centre National d’Études Spatiales”. S’ils ont livré la machine à la NASA en 2019, le travail des ingénieurs ne s’arrête pas là. Si le robot se pose comme prévu, “nous assurerons le service après-vente” précise Philippe Caïs. Pendant les trois prochains mois, “certains d’entre nous aiderons les scientifiques à traiter les données récoltées par la sonde, pour être sûr qu’elle fonctionne correctement”.

Cette année, deux autres sondes ont été envoyées sur la planète rouge par les Emirats arabes Unis et la Chine. La prochaine mission martienne sera lancée par l’Agence spatiale européenne. En préparation depuis 2006, la mission “ExoMars” sera lancée dans deux ans.

En attendant, ce que les experts appellent les “7 minutes de terreur” précédant l’atterrissage de Persévérance pourront être suivies en direct, sur plusieurs plateformes : la chaîne Dailymotion du CNRS, les chaînes YouTube et Twitch du Cnes, la chaîne YouTube d’Arte, et celle de la Cité des Sciences et de l’Industrie, en partenariat avec l’Observatoire de Paris-PSL.