“C’est difficile de se projeter” : les jeunes artistes frappés par la crise

Maxime Cayet, illustrateur indépendant. Photo : Jeanne Fourneau

 

Perte de petits boulots, manque d'exposition, lassitude... Les aspirants créateurs voient leur activité compromise par la pandémie. Des initiatives naissent pour leur permettre de gagner en visibilité.

Une simple tête de lampe orientée vers ses dessins se charge de les mettre en valeur. À deux pas du Palais Beaubourg, Maxime Cayet expose ses œuvres sur les murs de son appartement. À défaut de pouvoir réseauter, exposer, présenter ses œuvres, l’illustrateur de 27 ans se lance dans la vente de ses dessins en ligne. Amer, il aurait aimé être contact en direct avec un public. “Le coronavirus a freiné mon lancement en tant qu’illustrateur indépendant, même si paradoxalement, c’est aussi lui qui a stimulé ma venue ici”, réalise-t-il. 

Arrivé dans la capitale en septembre, le jeune homme fait partie de ces jeunes artistes que le Covid-19 maintient dans l’incertitude. Lui anticipait une sortie de crise rapide. Mais les possibilités de rencontres avec les acteurs culturels parisiens se sont rapidement raréfiées : depuis des mois, seules les galeries sont ouvertes.

Alors, Maxime passe le plus claire de son temps dans 19 mètres carrés. “Je suis venu à Paris pour son offre culturelle, mais je n’ai trouvé qu’une infime partie de ce que je cherchais”, constate-t-il. L’annonce, en novembre, de la fermeture prolongée des lieux culturels l’a démoralisé. Il branche sa tablette graphique. “Avec l’habitude, on sait de moins en moins ce qu’était le monde avant le Covid”, désespère-t-il.

Impératifs financiers

Lui aussi illustrateur indépendant, Tris Kotro, 25 ans, souhaiterait se dédier tout entier à son activité artistique. Mais le second confinement et les impératifs financiers l’ont rattrapé. Depuis presque un an, sa chambre au sein d’une colocation du XXe arrondissement parisien est à la fois son atelier et son espace de télétravail.

La frontière est tacite entre mon télétravail et mon boulot artistique, je passe de l’un à l’autre en à peine dix minutes”. La motivation du premier confinement a laissé place à la lassitude. “Je suis en train de monter un collectif de jeunes auteurs de BD. Le métier est très casanier, depuis la pandémie j’ai vraiment envie de projets groupés”.

À Paris, le collectif Embrayage a justement lancé un projet Art Home pour continuer à créer lors du premier confinement. Co-créé en 2019 par Anastasia Fernandez et l’artiste Anna L’hospital, cette association loi 1901 vise à promouvoir la jeune création artistique “grâce à des expositions dans des lieux atypiques”. Dans une boîte de la taille d’un colis postal, soit 30 x 40 centimètres, cinq jeunes artistes exposent une œuvre chacun.

“C’est difficile de se projeter”

L’exposition est donc itinérante. “Art Home aurait du se lancer à la sortie du premier confinement, mais on a dû reporter le projet. En attendant, on diffuse des interviews des artistes, sans dévoiler totalement leur œuvre”, retrace Anna L’hospital. Ancienne étudiante à la Haute école des arts du Rhin (HEAR) à Strasbourg, ses mots sont posés et justes. “En ce moment, c’est difficile de se projeter pour les artistes, concède-t-elle. Je parlais avec des étudiants de première et deuxième année à l’HEAR, et ils sont complètement découragés.”

La difficulté est aussi matérielle : beaucoup de jeunes artistes ne peuvent accéder aux aides financières de l’URSSAF, faute d’assez d’ancienneté. Multipliant les jobs, Anna L’hospital reste active. “L’artiste doit réagir, pour ouvrir l’imaginaire des personnes réellement bloquées chez elles. Personnellement, le confinement a complètement changé ma pratique. Des formes plastiques s’inventent…”. Au Collectif Embrayage, un autre appel à projet est lancé. “Mais vivement que ça s’arrête”, avertit la jeune femme.