Arménie : le Premier ministre, qui dénonce un coup d’État, contre-attaque

Le chef du gouvernement arménien, Nikol Pachinian, a dénoncé un "coup d'État militaire" et procédé à plusieurs limogeages, avant de réunir ses partisans dans les rues de la capitale. Une manière de répondre aux partis d'opposition et au commandement militaire, qui réclament sa démission.

La stabilité politique de l’Arménie se trouve une nouvelle fois fragilisée. Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a dénoncé une tentative de coup d’État militaire et limogé son chef d’état-major, ce jeudi 25 février en début de matinée, après que le commandement de l’armée a réclamé la démission de son gouvernement dans un communiqué.

En début d’après-midi, devant ses soutiens réunis à Erevan, le Premier ministre a demandé à l’armée d’ ”obéir au peuple” et de “faire son travail”. “L’armée ne peut pas prendre part aux processus politiques et doit obéir au peuple et aux autorités élues”, a lancé Nikol Pachinian, face à une foule de ses partisans réunie dans le centre de la capitale Erevan. Nikol Pachinian s’était lui-même rendu dans le centre d’Erevan, en prenant la tête d’un cortège réunissant quelque 20.000 personnes. “La situation est tendue” mais “gérable”, avait-il déclaré dans son mégaphone.

C’est sur Facebook, un réseau social qu’il affectionne, que Nikol Pachinian s’était d’abord exprimé ce matin. “Je considère que la déclaration de l’état-major est une tentative de coup d’État militaire”, a‑t-il écrit sur sa page, invitant “tous [ses] partisans à se rassembler place de la République” à Erevan, la capitale arménienne. Le Premier ministre de 45 ans a ensuite pris la parole dans une vidéo diffusée en direct pour annoncer le limogeage du général Onik Gasparian, le chef de l’état-major.

Գլխավոր շտաբի հայտարարությունը համարում եմ ռազմական հեղաշրջման փորձ:

Մեր բոլոր կողմնակիցներին հենց հիմա հրավիրում եմ Հանրապետության Հրապարակ: Առաջիկայում հանրությանը կդիմեմ ուղիղ եթերում:

Publiée par Nikol Pashinyan / Նիկոլ Փաշինյան sur Jeudi 25 février 2021

 

Ce n’est pas le premier militaire à faire les frais de l’agacement de Nikol Pachinian. Tigran Khatchatrian, l’adjoint du général Gasparian, avait pour sa part été limogé mercredi, après s’être moqué dans la presse de déclarations du Premier ministre à propos d’un système d’armement utilisé durant le conflit du Karabakh. Une décision immédiatement suivie d’effets puisque l’état-major a alors publié un communiqué réclamant la démission de M. Pachinian, estimant qu’il n’était “plus en mesure de prendre les décisions qui s’imposent” et dénonçant des “attaques destinées à discréditer les forces armées”.

“Ne pas mener le pays vers la guerre civile”

Nikol Pachinian est depuis des semaines sous la pression de l’opposition, qui réclame sa démission à cause de la défaite militaire de l’Arménie face à l’Azerbaïdjan lors d’affrontements dans la région du Nagorny Karabakh. Il avait, cet automne, accepté les conditions d’un cessez-le-feu négocié par le président russe Vladimir Poutine et qui impliquaient d’importantes pertes territoriales pour l’Arménie.

Un renoncement concédé par le chef de l’exécutif arménien avec le soutien de l’armée et de son état-major, mais vécu comme une humiliation nationale. Jusqu’au bout du conflit, qui a duré de septembre à novembre 2020, M. Pachinian avait répété aux Arméniens que leurs forces armées avaient l’avantage sur l’armée azerbaïdjanaise. Depuis, l’opposition tente d’obtenir son départ.

Opposant historique passé par la prison, Nikol Pachinian est arrivé au pouvoir au printemps 2018, porté par une révolution promettant de sortir l’Arménie de la pauvreté et de déraciner une élite corrompue.

Ses opposants ont, eux aussi, lancé un appel à la manifestation. Entre 10.000 et 13.000 personnes se sont donc réunies sur une place d’Erevan, à un kilomètre de la mobilisation menée par M. Pachinian. Le principal parti d’opposition, Arménie Prospère, a appelé Nikol Pachinian “à ne pas mener le pays vers la guerre civile et une effusion de sang”. Avant d’ajouter qu’il “a une dernière chance de partir sans qu’il n’y ait de troubles”. Ce jeudi, vers midi, plusieurs affrontements verbaux avaient déjà eu lieu entre manifestants pro-Pachinian et soutiens de l’armée, sans violente escalade à ce stade.

De son côté, le président arménien Armen Sarkissian a annoncé travailler à “des mesures urgentes” pour désamorcer la crise. “J’appelle chacun ‑organes d’Etat, forces de l’ordre, forces politiques et tous les citoyens- à la retenue et au bon sens”, a‑t-il déclaré.

Une volonté d’apaisement également prônée par les pays voisins. La Turquie, avec laquelle l’Arménie entretient des rapports tendus, a “fermement condamné” ce qu’elle a désigné comme une “tentative de putsch”. Plus tôt dans la journée, la présidence russe s’est dite préoccupée par la situation dans cet État du Caucase, qui a acquis son indépendance à la chute de l’URSS en 1991. “Nous appelons tout le monde au calme”, a déclaré à la presse le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Un appel qui, pour le moment, ne semble pas vraiment avoir été entendu.

Crédit photo : Nikol Pachinian et Vladimir Poutine, en juin 2018, Crédit : Wikimedia Commons