Coup d’État en Birmanie : le Royaume-Uni sanctionne les leaders de la junte

Après Washington et Bruxelles, c'est au tour de Londres d'adopter des sanctions contre le commandant en chef de l'armée birmane et plusieurs autres responsables militaires. Auteurs d'un coup d'État le 1er février, ils répondent depuis par la force à toute velléité de contestation.

Le Royaume-Uni a annoncé de nouvelles sanctions contre six responsables de la junte birmane, ce jeudi 25 février. Londres leur reproche leur rôle dans le coup d’État militaire mené début février : ils se sont rendus coupables, selon le gouvernement britannique, de “graves violations des droits de l’Homme”.

Parmi les militaires visés : le commandant en chef de l’armée, Min Aung Hlaing. Les cinq autres “sont membres du Conseil d’administration de l’État qui a été nommé par le commandant en chef à la suite du coup d’État et partagent ainsi la responsabilité des violations”, précise le communiqué publié par l’exécutif britannique. Désormais interdits de séjour sur le sol britannique et de faire des affaires avec des entreprises britanniques, les six militaires s’ajoutent aux 19 autres responsables birmans déjà sanctionnés.

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Ces mesures “envoient un message clair au régime militaire birman : les responsables de violations des droits humains seront tenus pour responsables et les autorités doivent rendre le pouvoir au peuple birman”, a déclaré le ministre des Affaires étrangères britannique Dominic Raab. “Mon message au peuple de Birmanie est simple: le Royaume-Uni travaille en étroite collaboration avec nos partenaires internationaux pour soutenir votre droit à la démocratie et à la liberté d’expression.”

Condamnation unanime à l’international

Arguant d’ “énormes” fraudes aux élections législatives largement remportées en novembre par le parti d’Aung San Suu Kyi, l’armée birmane a évincé la cheffe du gouvernement civil le 1er février. Déployée ce jour-là autour du Parlement à Naypyidaw (la capitale administrative) et s’étant emparée de l’hôtel de ville à Rangoun (la capitale économique), l’armée birmane a arrêté Aung San Suu Kyi, ainsi que le président de la République Win Myint et d’autres membres de leur parti, au pouvoir depuis 2015. Immédiatement après leur coup d’État, les militaires ont proclamé l’état d’urgence pour un an. Le général Min Aung Hlaing concentre depuis tous les pouvoirs.

Dès le lendemain, plusieurs milliers de Birmans sont descendus dans les rues pour protester contre la prise de pouvoir par la force de l’armée. Des manifestations auxquelles les militaires répondent par la violence. À ce jour, le bilan s’élève à cinq morts, après le décès hier d’un homme de 20 ans à Mandalay. Face aux images de la répression, la communauté internationale s’est efforcée de dénoncer des atteintes aux droits humains.

Les États-Unis ont déjà annoncé des sanctions à l’encontre de plusieurs responsables militaires, dont le général Min Aung Hlain, le 10, puis le 22 février. L’ONU a, pour sa part, adopté le 12 février une résolution exigeant la libération immédiate d’Aung San Suu Kyi, jugeant “inacceptable” l’usage de la violence contre les protestataires. Le 22 février, l’ONU a demandé à l’armée birmane, par la voix de son secrétaire général Antonio Guterres, d’ “arrêter immédiatement la répression”. Dans le même temps, l’Union européenne a décidé “des sanctions ciblées contre les intérêts économiques et financiers” des militaires.

Ce matin, peu avant l’annonce de Londres, la Banque mondiale a pris la décision de suspendre toutes ses aides à la Birmanie. Des aides qui s’élevaient, en 2020, à quelque 900 millions de dollars.

Crédit photo : European External Action Service/flickr. L’ex-haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères Federica Mogherini reçoit le général Min Aung Hlaing.