Coup d’État en Birmanie : que peut vraiment faire la communauté internationale ?

Depuis l’instauration d’une junte militaire au pays birman, les pays occidentaux multiplient les sanctions sans que leur efficacité ne soit assurée.

Le retour à la case dictature en Birmanie a provoqué une pluie de condamnations dans l’arène internationale. C’était dans la foulée du 1er février, date à laquelle les militaires se sont emparés du pouvoir après dix ans de gouvernement civil. Après les mots durs, les mesures de sanctions ont suivi. Le G7, les États-Unis et l’Union européenne ont adopté ce mercredi des sanctions contre le recours à la force des généraux. Ce jeudi, c’était au tour de Londres d’annoncer un renforcement des mesures contre les militaires impliqués.

Pour les spécialistes de la Birmanie, le conflit qui oppose les militaires et les manifestants birmans, qui réclament un retour à la démocratie, se résoudra en interne. Mais les actions de la communauté internationale peuvent peser dans la balance. « Il faut créer l’environnement international dans lequel ça pourra bouger grâce aux Birmans eux-mêmes, » estime David Camroux, chercheur au Centre de recherches internationales (Ceri) de Sciences Po Paris.

Depuis le coup d’état militaire, les manifestations ne fléchissent pas. Des centaines de milliers de personnes réclament le retour du gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi, dont le parti a largement remporté les élections en novembre dernier. Le signe d’une « société civile très forte », analyse David Camroux, spécialiste de l’Asie-Pacifique. Selon l’expert, les manifestants réclament surtout que la communauté internationale ne lâche pas du regard les événements en Birmanie, afin de maintenir « une pression morale ».

« Arrêtez de négocier avec eux »

Autre levier d’action de la communauté internationale : ne pas reconnaître la junte comme le gouvernement légitime de la Birmanie, suivant l’exemple de la Nouvelle-Zélande. Le gouvernement de Jacinda Ardern a également suspendu tous les contacts politiques et militaires avec le pays. Une stratégie vue d’un bon œil par les manifestants birmans pro-démocratie, qui ont fustigé l’Indonésie pour avoir échanger avec la junte. Ce mercredi, ils étaient plusieurs centaines à manifester devant l’ambassade du pays voisin, portant des pancartes clamant « arrêtez de négocier avec eux ».

Mais les putschistes seront-ils enclins à se plier aux exigences, notamment occidentales ? Rien n’est moins sûr, explique Barthélémy Courmont, directeur de recherche à l’IRIS, en charge du Programme Asie-Pacifique. Les militaires n’oublient pas comment leur pays a été mis à l’index dans l’affaire des Rohingyas sur « la base d’accusations souvent hâtives contre le gouvernement, sans tenir compte des réalités locales et de l’absence d’alternative démocratique », assurait le chercheur dans l’Opinion.

Bain de sang en 1988

Dans ce contexte d’histoire troublée avec les Occidentaux, les pays asiatiques de la région pourraient jouer un rôle clef. Le puissant voisin chinois a appelé à la stabilité et a déclaré via le porte-parole du ministre des Affaires étrangères, « espérer que toutes les parties en Birmanie pourront régler leurs différends de manière appropriée dans le cadre de la Constitution et du droit. » La Birmanie fait aussi partie de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean), dont le traité prévoit la « non-ingérence », mais aussi le respect de la démocratie : la septième des priorités sur 14. « Il faut mettre les voisins en face de leurs responsabilités, en face du fait qu’ils ont un membre du club qui ne joue pas le jeu, » estime David Camroux. « L’UE devrait s’appuyer sur l’Asean pour leur faire comprendre que ce qui arrive en Birmanie entache l’ensemble de cette association. »

Un éventuel retour à la démocratie dépendra des dynamiques internes, assure encore David Camroux, de « qui craquera en premier » entre les manifestants et les militaires. En 1988, les manifestations ont duré six mois, lors desquelles l’armée a tué 3000 personnes. En 2007, « la révolution safran » avait été brutalement réprimée mais un bain de sang a été évité, peut-être grâce au regard international, avancent Jane Birkin et Frédéric Debomy dans une tribune. Les manifestants birmans partagent sans doute cet avis.