Covid-19 : comment Israël est devenu un laboratoire de l’efficacité du vaccin

Le vaccin de Pfizer/BioNTech est efficace à 94% contre les cas symptomatiques de Covid-19, selon une étude de très grande ampleur réalisée en Israël et publiée le 24 février. Erigée en modèle de réussite dans le monde entier, la campagne de vaccination israélienne explique comment l’Etat hébreu a pu réaliser cette étude aussi rapidement.

Une étude israélienne a permis de déterminer que le vaccin de Pfizer/BioNTech est efficace à 94% contre les cas symptomatiques de Covid-19. Publiée le 24 février dans le prestigieux New England Journal of Medicine, elle a été menée à partir des données de quelque 1,2 million de personnes soignées par Clalit Health Services, l’un des plus gros organismes de santé d’Israël, entre le 20 décembre 2020 et le 1er février 2021. Les conclusions de cette étude sont en accord avec celles des essais cliniques réalisés par Pfizer, qui annonçait en novembre dernier que son vaccin était efficace à plus de 90% contre le Covid-19.

Près de 600 000 personnes ayant reçu le vaccin de Pfizer/BioNTech ont été « associées » à 600 000 autres non-vaccinées et présentant des caractéristiques proches en termes de sexe, d’âge, mais aussi de comorbidité et de lieu d’habitation. En comparant les deux groupes, les auteurs ont montré que la vaccination avait réduit de 92% les cas graves de la maladie, et de 87% les hospitalisations. Autre bonne nouvelle : l’étude a rapporté une efficacité de 92% contre la possibilité même d’être infecté (et non seulement de développer des symptômes). Si elle est confirmée, cette donnée pourrait indiquer que les personnes vaccinées ne peuvent plus transmettre le virus.

En Israël, la situation sanitaire s’améliore à mesure que la population est vaccinée. Près de 49% de la population a reçu au moins une dose du vaccin Pfizer/BioNTech, et 33% les deux doses. Durant les dernières semaines de janvier, il y avait en moyenne 8000  nouveaux cas de Covid-19 par jour dans le pays. Aujourd’hui, ce nombre est tombé autour de 3500. La campagne de vaccination israélienne, considérée comme un exemple de réussite dans le monde entier, explique en grande partie cette embellie. Elle permet aussi de comprendre comment cette étude a pu être réalisée aussi rapidement.

La data, cœur du combat

Dans le système de santé israélien, l’ensemble des dossiers et des prises de rendez-vous sont numérisés. Toutes ces informations sont directement reliées à la base de données de vaccination du ministère de la Santé. « Israël est très bien organisé au niveau informatique », affirme Morgane Bomsel, directrice de recherche au CNRS et virologue. Le pays a décidé de partager ses données médicales avec les entreprises pharmaceutiques, en leur fournissant des données anonymisées en temps réel sur la distribution du vaccin, ses effets secondaires et son efficacité.

C’est ainsi que l’Etat hébreu a rendu public le 17 janvier dernier un contrat signé avec Pfizer, détaillant les données qu’il partage avec lui, « afin de déterminer si une immunité de masse est obtenue après avoir atteint un certain pourcentage de couverture vaccinale en Israël ». Le document, en partie tronqué, précise que le géant pharmaceutique ne peut obtenir des informations médicales personnelles sur les vaccinés, mais seulement des données agrégées hebdomadaires, y compris sur des sous-groupes de petite taille divisés selon l’âge, le passif médical ou le lieu de vaccination.

Le partage des données médicales israéliennes avec Pfizer explique en grande partie la rapidité avec laquelle cette étude a pu être réalisée. « C’est beaucoup plus simple en termes d’organisation de faire appel à Pfizer pour une étude, plutôt que de la faire au niveau d’un pays », explique le docteur Jean-Daniel Lelièvre, membre de la commission technique des vaccinations à la Haute autorité de santé. Mais, comme le rappelle le docteur, cela pose aussi des questions éthiques quant à la protection des données médicales : « En France, on n’agit pas comme ça avec les laboratoires pharmaceutiques parce qu’on a toujours peur de la manière dont les données vont être utilisées au final. »

Un petit pays à la population dense

Avec ses 9,2 millions d’habitants, « il ne faut pas oublier qu’Israël est un petit pays avec une population très concentrée », rappelle Morgane Bomsel avant d’ajouter : « Ca implique une gestion totalement différente des informations comme de la quantité de doses nécessaires ». « Ce qui est présent en Israël ne peut pas être reproduit ailleurs, parce qu’on n’a pas les doses », abonde le docteur Jean-Daniel Lelièvre.

Durant les trois premières semaines de sa campagne de vaccination, toutes les personnes âgées de plus de 60 ans étaient invitées à se faire vacciner. La vaccination s’est ensuite progressivement élargie à l’ensemble de la population âgée de plus 16 ans, pour atteindre les taux que l’on connaît aujourd’hui. « Israël a pu balayer beaucoup plus de classes d’âge et de pathologies avec la vaccination », explique Morgane Bomsel. Une variété dans les profils qui rend cette étude d’autant plus intéressante.

Disposer d’autant de doses de vaccin a un prix. Conscient de ne pas pouvoir rivaliser avec le pouvoir de négociation de l’Union européenne ou des Etats-Unis, Israël a pris le pari d’acheter le plus de doses le plus rapidement possible. Les données exactes passées avec les géants pharmaceutiques ne sont pas publiques, mais la presse israélienne suggère que le gouvernement a payé le vaccin Pfizer au moins 40% plus cher que ses homologues américain et européen. Le prix à payer pour être sur le point de retrouver la vie d’avant.