La France fait-elle déjà face à une nouvelle flambée épidémique ?

Le premier ministre Jean Castex a pris la parole ce jeudi alors que la France a enregistré 31 519 nouveaux cas mercredi, un chiffre en forte hausse. Ce pic soudain signifie-t-il une flambée épidémique avec une propagation importante des variants britannique et sud-africain sur le sol français ?

Alors que 20 départements ont été placés en surveillance renforcée par le Premier ministre, la France connait une augmentation importante des nouvelles contaminations. 31 519 personnes ont reçu un test positif le 24 février, soit 30% de plus que la veille. Est-ce le synonyme de la fin de ce «plateau élevé» sur lequel le pays est assis depuis plus d’un mois, enregistrant entre 200 et 300 morts par jour et 20 000 nouvelles contaminations ?

Une stabilité déjà ébranlée en quelques jours lorsque les Alpes-Maritimes puis le Nord ont dépassé les seuils d’alerte, imposant un confinement le week-end pour les deux semaines à venir. Une situation «préoccupante» qui n’échappe pas à une dizaine d’autres départements dont Paris, la Seine-Saint-Denis, le Var, la Somme, la Moselle avec des taux d’incidence supérieurs à 290 cas positifs pour 100 000 habitants, selon Santé Publique France.

Taux d’incidence en France — 25 février 2021
Source : CovidTracker

Pour le ministre de la Santé, même si l’évolution de l’épidémie est «très hétérogène», elle s’est dégradée en seulement quelques jours. «Nous avons effacé en une semaine les deux semaines de baisse consécutives que nous avons eues», avant d’alerter sur «des prochains jours cruciaux, voire décisifs». L’augmentation du 24 février peut-elle être perçue comme les prémices de l’inexorable flambée épidémique annoncées par de nombreux épidémiologistes sur les plateaux télé ? «C’est possible, répond Alexandre Bleibtreu, médecin infectiologue au service de maladies infectieuses à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Mais il est trop tôt pour le certifier pour l’instant, il faut regarder les chiffres sur minium 7 jours». Ce jeudi, près de 25 000 cas étaient annoncés, en reflux donc par rapport aux chiffres de la veille.

La crainte de la multiplication des variants et d’un burn-out hospitalier

Un temps de latence qui demande patience mais interdit baisse de vigilance, préviennent les autorités sanitaires. Inspectés comme du lait sur le feu, les variants, notamment britannique et sud-africain, se propagent sur le territoire et concerne pour le britannique plus de 50% des tests positifs dans une vingtaine de départements. «Le virus circule déjà activement sur le territoire, prévient le docteur Alexandre Bleibtreu, le problème avec un haut plateau est que si sa croissance explose, la situation devient incontrôlable». 

Nombre de patients admis en réanimation. Source : CovidTracker

Une crainte partagée par de nombreux médecins réanimateurs dont Rémi Salomon, interrogé ce jeudi sur BFM-RMC. Le président de la commission médicale de l’AP-HP appelle le gouvernement à mettre en place de nouvelles mesures pour diminuer la circulation du virus. Avec plus de 25 000 personnes hospitalisées dont 3 436 en réanimation, «la situation actuelle est pire que lorsque le gouvernement a confiné le pays au mois de novembre dernier», alerte le professeur Alexandre Bleibtreu. «Ce n’est pas possible, il faut tenir, soupire Patrick Goldstein, chef des urgences au CHU de Lille (Nord). S’il vous plaît, donnez-nous la possibilité de soigner correctement les malades. »