McFly et Carlito, Twitch… Comment le gouvernement fait la cour aux futurs électeurs

En investissant des plateformes comme YouTube ou Twitch, majoritairement utilisé par des jeunes, l’exécutif drague les jeunes électeurs dont les votes pourraient faire changer le cours des prochaines élections.

En communication politique, il faut sans cesse innover. L’exécutif l’a bien compris. Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a lancé mercredi sa propre émission mensuelle #SansFiltre, diffusée en direct à la fois sur la plateforme de streaming Twitch et sur YouTube. Pendant une heure trente, des influenceurs – ces personnes qui influencent l’opinion ou la consommation par leur audience sur les réseaux sociaux – et des YouTubeurs ont été invités à relayer les questions de leurs jeunes communautés.

Le porte-parole du gouvernement s’est engagé à y répondre sans filtre, conformément à sa promesse de transparence et de clarté à propos de l’actualité. Lors de l’émission de mercredi soir, l’objet du débat s’est concentré sur la précarité des jeunes, exacerbée par la pandémie depuis bientôt un an.

“Organiser cette rencontre permet de toucher des primo-votants [celles et ceux qui votent pour la première fois ndlr] mais aussi les plus jeunes, ceux qui ne votent pas encore”, analyse Cécile Delozier, experte en communication politique. À l’élection présidentielle de 2017, moins d’un électeur sur cinq âgé de moins de 29 ans avait voté à tous les tours. Le taux le plus faible en 15 ans d’échéances électorales.

Séduire les plus jeunes a donc un intérêt électoral et Gabriel Attal en est conscient. Organisé dans une annexe de l’Élysée, ce rendez-vous mensuel sur Twitch  – dont les deux tiers des utilisateurs sont âgés de 13 à 34 ans selon Twitch Advertising – montre que le gouvernement l’a bien compris. Et qu’il fait partie d’une stratégie bien rodée. “Le lancement de cette émission prouve que l’exécutif souhaite renforcer sa stratégie de communication politique sur les réseaux sociaux, avance une autre experte en communication politique. Surtout auprès des jeunes.” Et surtout à l’approche des élections départementales et les régionales prévues dans quelques mois et, bien sûr, les présidentielles de 2022.

Le président de la République, lui, s’est frotté à l’univers des YouTubeurs en lançant récemment un défi à McFly et Carlito. Un duo qui réunit six millions d’abonnés sur sa chaîne. Emmanuel Macron leur a proposé de réaliser une vidéo pour sensibiliser les Français aux gestes barrières. À la clef, une invitation à l’Élysée si leur production atteignait les 10 millions de vues. Diffusée dimanche, elle en avait recueilli plus de 12 millions ce jeudi.

Convaincre leur base électorale

Sur Twitter, des utilisateurs ont dénoncé un “coup de com’” mal venu. “Le pire c’est qu’ils disent dans leur vidéo qu’ils savent que c’est politique, que c’est un calcul de Macron. Mais ils se défendent en disant “on ne souhaite pas faire de la politique”. Sauf que cette phrase ne protège de rien, elle ne change pas la réalité des faits non plus”, a protesté le YouTubeur Linguisticae.

“Il y a un triple objectif de la part du gouvernement concernant leur communication à travers les YouTubeurs et les influenceurs, avance Étienne Raiga-Clemenceau conseiller en communication dans une agence de relations publiques. D’abord essayer de montrer que le gouvernement est jeune avec Schiappa et Attal. Ensuite ne pas laisser le terrain aux adversaires politiques. Et enfin essayer de toucher les jeunes. Ce troisième point est un échec.”

Puis de renchérir. “Ce n’est pas tout d’être présent sur Twitch ou TikTok. C’est ce que vous y faites qui est important et la manière dont vous le faites. Parfois ce n’est pas très bien perçu par les spectateurs. Les premières tentatives d’Emmanuel Macron avaient été jugées trop lisses, trop préparées par une communauté habituée à la spontanéité et au naturel.”

La Majorité est présente sur ces plateformes depuis le début du mandat d’Emmanuel Macron. En février 2019 s’était tenu le Grand “Débathon” — un débat politique qui avait rassemblé une dizaine de ministres et de secrétaires d’État — chez Accropolis. Le rendez-vous sur Twitch avait duré onze heures et avait permis à des YouTubeurs ainsi qu’à leurs abonnés de poser des questions aux représentants du gouvernement. Le tout orchestré par deux animateurs tournants, des intervenants spécialistes ou simples citoyens. En face, un ou deux ministres venus pour “parler aux jeunes”. Et les écouter.

Hugo Travers (Hugo Décrypte sur les réseaux sociaux) faisait partie de ces animateurs. Ce même Hugo avait reçu le président Macron quelques mois plus tard en live sur sa chaine Youtube. En 2017, alors secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique, Brune Poirson avait, elle, répondu aux questions de le YouTubeuse beauté EnjoyPhoenix.

Reste que “quel que soit le.la candidat.e, une communication électorale sans projet ni proposition concrète en faveur de la jeunesse, même numérique, a toutes les chances d’être invisible, ou détournée de manière ironique” explique Caroline Ollivier-Yaniv, spécialiste de la communication des institutions publiques.

La pertinence de leur démarche se trouve alors ailleurs. “En ayant des relais médiatiques traditionnels, ils arrivent à convaincre leur base électorale, plus vieille, qu’ils sont présents pour aider les jeunes. C’est en cela qu’ils font une bonne communication” confirme Étienne Raiga-Clemenceau, qui a aussi écrit un mémoire sur le thème “Rassembler et mobiliser une communauté numérique dans le cadre d’une campagne présidentielle”. Pour Cécile Delozierc’est d’abord en mobilisant sa base électorale que l’on remporte une élection.”

Plusieurs Youtubeurs étaient réunis mercredi 24 février autour du secrétaire d’État Gabriel Attal dans l’émission #SansFiltre. Capture écran @Twitch Gabriel Attal