Affaire Khashoggi : les renseignements américains accusent le prince héritier d’avoir validé l’assassinat

Dans un rapport rendu public vendredi, Washington accuse publiquement le prince héritier d'Arabie Saoudite, Mohammed Ben Salmane (MBS), d'avoir "validé" l'assassinat du journaliste saoudien en octobre 2018.

C’était un rapport explosif jusqu’alors gardé secret par Donald Trump qui vient d’être rendu public par l’actuel président des États-Unis, Joe Biden. Dans un document de quatre pages publié vendredi 26 février, les services de renseignement américains affirment que le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salmane, a «validé» l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en 2018.

«Nous sommes parvenus à la conclusion que le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, a validé une opération à Istanbul, en Turquie, pour capturer ou tuer le journaliste saoudien Jamal Khashoggi», écrit la direction du renseignement national américain. «Le prince héritier considérait Khashoggi comme une menace pour le royaume et plus largement soutenait le recours à des mesures violentes si nécessaire pour le faire taire», ajoute-t-elle.

Une voix critique

Jamal Khashoggi était un journaliste bien connu en Arabie saoudite, fervent libéral qui a soutenu MBS durant les premières années de son intronisation en tant que prince héritier. Il voyait en ce nouveau prince l’ouverture vers le monde et la modernité dont il estimait que le royaume avait besoin. Mais rapidement, malgré l’autorisation aux femmes de conduire et l’ouverture de salles de cinéma jusque là interdites, toute critique au régime est muselée jusqu’à ce 2 octobre 2018, où Jamal Khashoggi est assassiné à l’ambassade d’Arabie saoudite, à Istanbul.

Le meurtre du journaliste, expatrié aux États-Unis et chroniqueur au Washington Post depuis plusieurs années, avait touché l’opinion publique et largement terni l’image du prince trentenaire réformateur, notamment en raison des circonstances liées au décès. Un commando d’agents saoudiens se seraient envolés de Riyad pour piéger le Jamal Khashoggi au consulat à Istanbul. Le corps, démembré sur place, n’avait jamais été retrouvé.

Des restrictions de visas pour 76 Saoudiens

Dans la foulée de la publication du rapport, Washington a immédiatement réagi et a annoncé des mesures de restrictions de visas envers 76 Saoudiens accusés d’avoir «menacé des dissidents à l’étranger», et notamment Jamal Khashoggi lui-même en Turquie.

Ces sanctions s’inscrivent dans le cadre d’une nouvelle règle, baptisée par le département d’Etat américain «Khashoggi ban» («interdiction Khashoggi») visant à interdire d’entrée aux Etats-Unis toute personne accusée de s’attaquer, au nom des autorités de son pays, à des dissidents ou journalistes à l’étranger, a déclaré le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken dans un communiqué.

Le président Biden, qui avait jugé, avant son élection en novembre, que le royaume du Golfe devait être traité comme un État «paria» pour cette affaire, a tenté de déminer le terrain en appelant jeudi au téléphone le roi Salmane pour la première fois depuis son arrivée à la Maison Blanche. Joe Biden avait également déclaré désormais n’échanger qu’avec le roi, et non plus le prince héritier, comme Donald Trump.

Si la président américain a mis l’accent sur «les droits humains universels» et «l’Etat de droit», il a aussi adressé un satisfecit au monarque pour la récente libération de plusieurs prisonniers politiques. Et il a évoqué «l’engagement des Etats-Unis à aider l’Arabie saoudite à défendre son territoire face aux attaques de groupes pro-Iran», selon la présidence américaine.

Transparence

La publication du rapport «est un pas important vers la transparence, et la transparence est, comme souvent, un élément pour que les responsables rendent des comptes», a déclaré jeudi le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price. «Il s’agit d’un crime, comme je l’ai déjà dit, qui a choqué les consciences. Nous serons en mesure, bientôt, de parler de mesures pour que les responsables rendent des comptes.»