Anticorps monoclonaux : ce que l’on sait de ce traitement «prometteur» contre le Covid-19

Ce traitement, déjà disponible dans 83 hôpitaux en France, n'existe que sous forme d'injection intraveineuse. Il est également réservé à des patients particulièrement vulnérables.

Qualifiés de thérapie “innovante” par le ministre de la santé Olivier Véran jeudi soir lors de son point presse avec le Premier ministre, les traitements à base d’anticorps monoclonaux pourraient limiter les formes graves du Covid-19. Pour l’instant, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) en a autorisé l’utilisation en France, mais de manière temporaire et « au cas par cas ». Les laboratoires américains Eli Lilly, Regeneron et le laboratoire sud-coréen Celltrion ont développé des doses injectables par intraveineuse. Toutefois, ces sérums ne sont accessibles qu’à certains patients. Voici ce qu’il faut savoir sur ce traitement « prometteur ».

  • En quoi consistent-ils ?

Selon Anne Astier, immunologue à l’Institut National de la santé et de la recherche médicale (INSERM), le Covid-19 utilise la protéine S, formant de petites pointes à la surface de son enveloppe, pour se lier aux cellules de notre organisme. Pour l’en empêcher, les anticorps monoclonaux contenus dans ces nouveaux traitements “recouvrent la protéine S du virus” et l’empêchent de pénétrer nos cellules. Ces anticorps de synthèse sont produits en laboratoire et imitent l’action naturelle de nos défenses immunitaires. “Les chercheurs qui ont développé ce traitement ont pris du sang de patients infectés et ont regardé in vitro les antidotes qui se liaient le plus à la protéine S. Puis ils ont produit des anticorps monoclonaux : très proches de la protéine du virus”.  Cette technique, selon elle, existait déjà en cancérologie “depuis une trentaine d’années”. “Ils sont très prometteurs”, souligne Anne Astier.

  • Comment va-t-on les utiliser en France ? 

Pour l’instant, seul le Bamlanivimab développé par le laboratoire pharmaceutique américain Eli Lilly est autorisé en France. Son site de production à Fegersheim, en Alsace, a déjà livré des milliers de doses qui pourront bientôt être injectées « avec prudence » à l’hôpital, selon Olivier Véran. 10 000 flacons supplémentaires devraient être fournis par Eli Lilly d’ « ici à la mi-mars », rappelle le ministre de la Santé. Pour l’heure, ce traitement est réservé aux patients particulièrement vulnérables, greffés, en chimiothérapie ou présentant des pathologies rénales ou pulmonaires aiguës selon l’ANSM. Les personnes âgées de plus de 80 ans pourront également en bénéficier. Ce traitement ne peut être fourni que sur prescription d’un médecin hospitalier. Il se présente sous forme d’injection par intraveineuse d’une heure effectuée et encadrée par des soignants dans un milieu hospitalier. “Ce soin ne pourra être efficace que s’il est proposé aux patients dans une limite de cinq jours après l’apparition de leurs premiers symptômes”, ajoute Anne Astier. Une fois le délai écoulé, son action est limitée.  Selon l’immunologue, ses potentiels effets indésirables incluent des réactions allergiques semblables à celles connues par certains patients ayant reçu les vaccins Pfizer et Moderna.

  • Sont-ils efficaces contre le Covid-19 et ses variants ? 

S’il est administré au début de la maladie, le Bamlanivimab peut apporter une réponse satisfaisante contre le virus, estime Anne Astier. “Mais quand le patient est sous oxygène ou en réanimation, c’est trop tard”, prévient la chercheuse. Les anticorps monoclonaux permettraient également une réponse immunitaire efficace contre le variant britannique, a avancé auprès de l’AFP Brigitte Autran, experte en immunologie à Sorbonne Université. “Le variant anglais a plusieurs sites de mutations cumulés. Le produit est efficace contre l’une de ses mutations : celle qui concerne la zone de la protéine S. Mais les études ne permettent pas de savoir si le traitement est efficace contre les autres mutations du variant”, nuance Anne Astier. De plus, sa protection contre les variants sud-africain et brésilien reste encore à démontrer d’après la Direction Générale de la Santé (DGS).

  • Ce traitement est-il utilisé à l’étranger ?

Le sérum développé par le laboratoire Regeneron avait déjà été reçu par l’ancien président américain Donald Trump en octobre dernier, lors de son hospitalisation pour Covid-19. L’Agence américaine du médicament les avait autorisés en novembre dans le cadre d’une procédure d’urgence.  En janvier, l’Allemagne était le premier pays européen à commander 200 000 doses d’anticorps monoclonaux pour 400 millions d’euros, confie le magazine Sciences et Avenir.